03/10/2015 10:22
Dans les années 1880, les Français ont fait du Vietnam leur possession légale par des traités signés avec la dynastie capitularde des Nguyên (1802-1945). Cependant, la lutte de libération nationale s’est poursuivie pendant près de 70 ans, jusqu’à la Révolution d’Août 1945.
>>Août-septembre 1945, un tournant du Vietnam

Huu Ngoc nous présente les développements à suivre de la Révolution du Vietnam entre août et septembre 1945.

L’insurrection générale d’Août 1945

Le 9 août, l’Armée soviétique déclenchait une vigoureuse offensive contre la Mandchourie. Six jours après, la meilleure armée japonaise était disloquée. Le Japon était sur la voie de la capitulation. L’heure avait été prévue depuis longtemps par le Viêt minh : «Tous les mouvements (insurrectionnels précédents) ont échoué par manque ou insuffisance de préparation, absence de direction et de coordination, parce qu’aucun gouvernement provisoire ne s’était formé pour remplacer le gouvernement impérialiste.

… Il faut développer la guérilla pour la transformer en soulèvement général... Il faut saboter les arrières de l’ennemi aidé pour cela par les masses... Notre but est de créer des zones de gouvernement révolutionnaire pour arriver peu à peu à l’établissement d’un pouvoir unique dans tout le pays. L’insurrection armée de notre peuple sera déclenchée vers la dernière phase de la guerre mondiale… L’heure H est proche..
.» (Circulaire du 6 août 1944)

Après de longues années placées sous le joug de la colonisation française et quatre ans de cohabitation franco-japonaise, le Vietnam se réveille.
Photo : Archives/VNA/CVN

La décision de la Conférence nationale du Parti communiste indochinois sur l’Insurrection générale fut adoptée par le Viêt minh. Un Comité insurrectionnel national fut formé. Il donna l’ordre de l’insurrection générale pour la nuit du 19 août. Le 16, cet ordre fut accueilli dans l’enthousiasme par les délégués de toutes les nationalités, de toutes les couches sociales, de toutes les tendances politiques du Vietnam, réunis en Congrès national du peuple à Tân Trào. Ce dernier désigna un Comité de libération national qui devait devenir le gouvernement provisoire de la République démocratique du Vietnam.

Les délégués se hâtèrent de rejoindre leurs localités respectives pour pouvoir diriger à temps le mouvement populaire. Devant le grand désarroi des Japonais, nombre d’organisations locales du Viêt minh n’ayant pas reçu à temps l’ordre d’insurrection prirent l’initiative d’arracher le pouvoir de la main des Japonais et de leurs fantoches. Le 11 à Hà Tinh, le 13 à Quang Ngai, les milices populaires prirent d’assaut les postes ennemis. Le 16, la nouvelle de la reddition japonaise se répandit comme une traînée de poudre. Dans toutes les villes, des milliers de gens manifestaient ; partout flottaient les drapeaux rouges à étoile jaune. Les postes japonais tombaient. Les 17 et 18, des dizaines de milliers de personnes manifestèrent dans les rues de Hanoi.

Sujet le plus relaté par la presse

Voici comment un journal de l’époque relatait les événements de la capitale le dimanche 19 août 1945 : «Dès 9 heures, des dizaines de milliers de personnes affluent en masse, devant le Grand Théâtre (actuelle Opéra de Hanoi) et se tiennent prêts pour la grande manifestation prévue et annoncée le 18 par le Viêt minh. Vers midi, +la démonstration de force+ commence. Par rangs de cinq, le peuple marche dans le sillage des drapeaux rouges à l’étoile jaune. Les pas résonnent au rythme de +La marche des l’armée+. Des coups de fusil et des mots d’ordre retentissent.

Sur les trottoirs, la population attend, et se joint à l’énorme cortège en poussant des acclamations. Un détachement de la police et des Forces de sécurité (fantoche) rallie également les manifestants, dans un tonnerre d’applaudissements. Sous la direction des militants Viêt minh, la manifestation se scinde en plusieurs sections qui montent à l’assaut de la caserne des Forces de sécurité, du Palais du gouverneur royal, et de la Mairie.


La Révolution d’Août 1945 a éclaté. Photo : Archives/VNA/CVN

Au Palais du gouverneur royal, le flot des manifestants est arrêtée par deux portes principales bien fermées et gardées par les Forces de sécurité. Ne pouvant entrer par les portes, les militants Viêt minh escaladent la grille de fer et sautent dans la cour principale. Immédiatement s’ouvrent toutes grandes les deux portes ; par ces deux brèches s’engouffre la marée des milices révolutionnaires. À peine cinq minutes après, les drapeaux rouges à l’étoile jaune flottent à la hampe principale devant le Palais et au haut du paratonnerre. Les cris : +Vive la victoire de la Révolution !+ fusent de la cour, des fenêtres de tous les étages.

À la Mairie, le maire lui-même assiste de la façade de l’Hôtel de Ville, à la montée du nouveau drapeau. À la caserne des Forces de sécurité, devant la pression exercée par la vague des manifestants, les Japonais livrent la place au Comité révolutionnaire du Tonkin».
(D’après le journal Binh minh - L’Aube, du 20 août 1943)

«En Cochinchine, le 23 août 1943, le Viêt minh occupa en quelques heures le Service de la sûreté puis tous les autres services. Deux jours après, eut déjà lieu à Saigon, une manifestation solennelle, mobilisant au total des centaines de milliers de personnes… Le cortège, long de plus d’un kilomètre, remplit à craquer des avenues larges de vingt mètres et envahit même les trottoirs». (D’après le journal Su thât - La Vérité).

Le Comité administratif du Nam Bô fut créé. La Révolution proclama l’établissement d’un gouvernement provisoire pour tout le Vietnam. Après avoir vainement tenté de constituer un gouvernement Viêt minh qui reconnaîtrait son autorité, Bao Dai abandonna son trône et signa l’acte d’abdication du 25 août qui se terminait par ces mots : «Vive notre République démocratique !»

Le 2 septembre 1945, sur la place Ba Dinh, Hanoi, le Président Hô Chi Minh a proclamé la Déclaration de l’Indépendance donnant naissance à la République démocratique du Vietnam. Photo : Archives/VNA/CVN

La République démocratique du Vietnam est née

À Hanoi, le Comité national de libération se renforça par l’adhésion d’un certain nombre de personnalités sans parti et se constitua en gouvernement national provisoire, avec Hô Chi Minh comme président. Le 29 août, un détachement de l’Armée de libération fit son entrée dans la capitale, accueilli par l’enthousiasme général. Le 2 septembre 1945, devant 500.000 habitants, le Président Hô Chi Minh déclara solennellement au monde l’Indépendance du Vietnam et la fondation de la République démocratique du Vietnam :

«Un peuple qui s’est obstinément opposé à la domination française pendant plus de 80 ans, un peuple qui, durant ces dernières années, s’est résolument rangé du côté des alliés pour lutter contre le fascisme, ce peuple a le droit d’être libre, ce peuple a le droit d’être indépendant... Tout le peuple du Vietnam est décidé à mobiliser toutes ses forces spirituelles et matérielles, à sacrifier sa vie et ses biens pour sauvegarder ce droit à la liberté et à l’indépendance».

Les passages suivants, extraits d’un journal de l’époque, nous donnent une idée de l’atmosphère de spontanéité et d’allégresse dans laquelle le peuple a célébré la première Fête nationale (2 septembre), celle qui mit fin à une longue période d’esclavage de 80 ans : «La population attend avec impatience la Journée de l’indépendance, plus impatiente peut-être qu’un candidat à la veille de l’examen. Le soir du samedi, les petits sont pressés d’aller au lit de bonne heure en prévision de la manifestation du lendemain. Mais comme aux nuits de réveillon, ils ne peuvent se résigner à aller au lit quand, dans les rues, leurs pères et leurs aînés s’acharnent à suspendre des lampions, à dresser des arcs de triomphe.

2 septembre. Le parvis et l’intérieur de la Cathédrale de Hanoi sont décorés avec faste, comme pour les jours de cérémonie. Sur de grandes banderoles, on lit : +Le Vietnam aux Vietnamiens+, +Il faut rendre l’Église vietnamienne aux prêtres Vietnamiens+
.

Célébration du 70e anniversaire de la Révolution d’Août et de la Fête nationale, le 2 septembre 2015 sur la place Ba Dinh, Hanoi. Photo : VNA/CVN

Le serment de s’unir et lutter pour la Patrie

«À 09h00 précises, les membres du gouvernement provisoire arrivent. Le Comité de contrôle Allié envoie une délégation. En outre, 40 bonzes sont présents à cette cérémonie en l’honneur de la Patrie, pour marquer l’union durable et sincère des religions dans le culte de la Patrie.

À 14h30, le Président Hô Chi Minh et les membres du gouvernement provisoire arrivent au Monument de l’indépendance... Ils montent à la tribune d’honneur au milieu d’un tonnerre d’applaudissements... En lisant la Déclaration de l’indépendance, le Président s’arrête de temps à autre pour demander avec affection : +Compatriotes ! M’entendez-vous bien ?+ Un chœur d’un demi-million de +Oui !+, et après chaque réponse, un silence absolu.

À la maison, les ménagères préparent de véritables festins pour fêter la Journée de l’indépendance. Dans beaucoup de rues sont organisés des thés publics... Autour des tables installées sur les trottoirs, se réunissent les habitants de la rue pour s’entretenir des affaires publiques. Une quête organisée par la population de la rue Chân Câm recueille 2.000 piastres à l’intention des troupes de libération vietnamiennes. Les jeunes gens de la rue de Phuc Chau et de la rue des Bambous dressent un autel de la Patrie et font le serment de s’unir, de se sacrifier, de lutter pour la Patrie
». (D’après le journal Dân quôc)

Seul un tel enthousiasme, seule une telle soif de l’indépendance au sortir de 80 années d’esclavage peuvent expliquer la rapidité et le succès des premières mesures prises par le pouvoir révolutionnaire pour frapper l’impérialisme et le féodalisme.

Création des Comités du peuple

Partout dans le Vietnam, de la montagne au delta, se constituèrent des Comités populaires qui renversèrent l’ancienne machine féodale et coloniale. Les portes des prisons s’ouvrirent, rendant les prisonniers politiques à la liberté. Les traîtres à la Patrie furent condamnés. L’odieux impôt personnel fut aboli, l’ancien régime fiscal remanié. Les rentes et les fermages furent réduits, les terres communales furent l’objet d’un partage plus équitable. Des mesures sociales furent prises, le mouvement syndical encouragé. Les entreprises ravies par les Japonais aux Français furent provisoirement remises à la gestion du gouvernement et du peuple. Les libertés démocratiques furent garanties. Les groupes ethniques, petits et grands, furent traités sur le même pied d’égalité. La femme reçut les mêmes droits que l’homme.

Huu Ngoc/CVN
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