24/07/2020 19:19
Dans une récente interview accordée à l’Agence Vietnamienne d’Information (VNA) à Singapour, le Dr Hoe Ee Khor, économiste en chef de l’Office de recherche macroéconomique de l’ASEAN+3 (AMRO), a exprimé ses impressions sur les réalisations économiques du Vietnam et ses contributions à l’ASEAN depuis son adhésion au bloc régional il y a 25 ans.
>>ASEAN : un expert australien salue les contributions du Vietnam
>>Le journal malaisien New Straits Times souligne les contributions du Vietnam à l’ASEAN
>>Le Vietnam salué pour son rôle actif dans l’ASEAN

Le Dr Hoe Ee Khor, économiste en chef d’AMRO.
Photo : NVCC/CVN
Le Vietnam est membre de l’ASEAN depuis 25 ans (1995-2020). Pourriez-vous nous parler des réalisations économiques exceptionnelles du pays au cours des 25 années d’intégration à cette organisation régionale ?

Depuis son adhésion à l’ASEAN, le Vietnam s’est engagé dans nombre de réformes économiques et a approfondi ses liens économiques avec le reste du monde.

L’un des événements clés a été l’adhésion du Vietnam à l’OMC en 2007, qui a entraîné une vague d’investissements directs étrangers, qui est passé d’environ 3 milliards d'USD en 1995 à 20 milliards en 2019. Le Vietnam a réussi à tirer parti de cet afflux d’investissements dans moteurs d’exportation, en particulier l’industrie électronique, qui ont aidé le pays à atteindre l’un des taux de croissance économique les plus élevés de la région, avec une moyenne d’environ 6,3% au cours des dix dernières années. Par conséquent, le revenu par habitant du Vietnam a été quasiment décuplé, passant d’environ 277 USD en 1995 à 2.715 USD en 2019, et son économie est désormais l’une des plus importantes de l’ASEAN.

Les réalisations économiques impressionnantes du pays ont bénéficié des efforts des autorités en matière de dérégulation et de réduction du coût des affaires au cours des dernières décennies. Dans le même temps, le désinvestissement des entreprises publiques a conduit à une plus grande efficacité et renforcé la participation du secteur privé intérieur à l’économie, incarnée par les grandes sociétés vietnamiennes telles que Vingroup et Vietjet Air.

En plus du développement économique, le pays a renforcé le filet de sécurité sociale en améliorant les systèmes de retraite et de santé. Une récente enquête de l’OCDE sur les retraites dans 47 pays montre que si la couverture du système de retraite vietnamien reste limitée, les prestations de retraite sont relativement élevées, à 75% du salaire moyen sur l’ensemble de la carrière. Entre 2002 et 2018, plus de 45 millions de personnes ont été sorties de la pauvreté, le taux de pauvreté passant de plus de 70% à moins de 6% dans un contexte de montée rapide de la classe moyenne.

Quelles sont les contributions du Vietnam au développement économique global de la région ces 25 dernières années ?

Au cours des 25 dernières années, le pays s’est de plus en plus intégré dans l’économie mondiale et régionale. Le secteur manufacturier vietnamien est devenu un élément crucial de la chaîne de valeur régionale (CVR), en particulier le secteur électronique. La participation du Vietnam à la CVR a augmenté de 26,4% en 2005 à 33,9% en 2015.

En outre, pour les entreprises d’autres économies régionales, la classe moyenne en plein essor du Vietnam et la hausse du niveau de revenu ont fait du pays une destination importante de la demande finale de biens et de services.

Enfin, l’adhésion du Vietnam à la Communauté économique de l’ASEAN (AEC) et au projet de Partenariat économique global régional (RCEP) met en évidence le rôle du Vietnam au sein de la communauté régionale pour soutenir une prospérité partagée à travers le flux des biens et des services.

Cérémonie de démarrage de l'Année de la présidence de l'ASEAN 2020 du Vietnam, en janvier 2020 à Hanoï.
Photo : Thông Nhât/VNA/CVN 

L’économie vietnamienne complète les autres économies. Le pays est capable d’attirer les industries à forte intensité de main-d’œuvre de la Chine, du Japon, de la République de Corée et de l’ASEAN+5 (Malaisie, Indonésie, Philippines, Singapour et Thaïlande) et d’en tire partir pour se connecter au réseau de production régional. Depuis lors, il a progressé dans la chaîne de valeur et est devenu une puissance industrielle avec des exportations équivalentes à environ 100% du PIB. Il a également très bien réussi à développer le secteur agricole et le tourisme.

Au cours du premier semestre de 2020, l’Asie du Sud-Est en particulier et le monde en général ont connu de grandes turbulences en raison du COVID-19. Quels sont les opportunités comme les défis pour l’économie vietnamienne dans un proche avenir ?

En ce qui concerne les défis à court terme, l’un d’eux est la mesure dans laquelle le COVID-19 affecte la demande extérieure. Alors que la demande intérieure pourrait bientôt se redresser, le Vietnam assouplit progressivement les restrictions de voyage, la reprise reste sensible au risque d’une deuxième vague d’infections, à laquelle le secteur des services est particulièrement vulnérable. Cependant, la demande extérieure, en particulier pour les secteurs non électriques et électroniques, mettra probablement plus de temps à se relancer, une perspective qui pèse lourdement sur le secteur des exportations.

De plus, les perturbations de la chaîne d’approvisionnement constituent un obstacle à une reprise du côté de l’offre. Parallèlement, l’incertitude dans la phase du cycle technologique mondial constitue un autre facteur de risque.

Cela dit, le nombre croissant d’accords de libre-échange (ALE) du Vietnam, y compris l’ALE récemment signé entre l’Union européenne et le Vietnam, devrait contribuer à soutenir les exportations en tant que principal moteur de croissance de l’économie.

Parmi les autres risques importants à surveiller figurent l’incertitude sur les marchés financiers mondiaux, qui pourrait entraîner une volatilité accrue des flux de capitaux, bien que le Vietnam puisse être moins vulnérable que d’autres économies régionales en raison de son exposition limitée aux investissements de portefeuille de non-résidents par rapport aux investissements directs étrangers.

Enfin, l’une des principales vulnérabilités du secteur financier est l’impact de la pandémie sur la qualité des actifs des banques. Malgré les efforts des banques en matière de restructuration des prêts et de réduction des intérêts et des frais, il reste probable que la qualité des actifs du système bancaire se détériorera et érodera ses coussins de fonds propres relativement faibles.

L’économie du Vietnam est confrontée à un certain nombre d’opportunités pour améliorer ses perspectives de croissance. La main-d’œuvre compétitive du Vietnam, l’accès facile aux principaux marchés régionaux et mondiaux grâce aux ALE et le traitement favorable par le gouvernement des entreprises étrangères sur divers aspects allant des incitations fiscales aux droits d’utilisation des terres le rendent très attractif pour les investissements. Au milieu des répercussions des tensions commerciales mondiales et de la pandémie sur la chaîne d’approvisionnement, les sociétés multinationales délocalisent et co-localisent leurs installations de production au Vietnam.

En outre, le nombre croissant d’ALE du pays, le plus récemment l’ALE UE - Vietnam, peut aider le Vietnam à diversifier son exposition aux fluctuations de la demande extérieure.

Enfin, la gestion relativement réussie par le Vietnam de la pandémie de COVID-19 peut fournir une toile de fond permettant d’augmenter les dépenses d’infrastructure et d’attirer les investissements étrangers pour prendre une longueur d’avance dans la reprise alors que l’économie mondiale émerge dans l’environnement post-pandémique.

VNA/CVN
Réagir à cet article
Commentaire:*
E-mail:*
Nom:*
Espace francophone
Une expérience inoubliable pour les étudiants francophones au Vietnam

L'île de Phu Quôc développe une agriculture écologique liée au tourisme Le district insulaire de Phu Quôc, province de Kiên Giang (Sud), est déterminé à développer un modèle de production agricole écologique associé aux services et au tourisme afin de créer plus de produits touristiques d'ici 2025 et à l'horizon 2030.