05/05/2018 10:36
Il arrive parfois qu’un petit oubli entraîne de grandes conséquences. En l’occurrence, une tranche de vie qui aurait pu ne jamais voir le jour. Mais que je vous livre avec délectation.
>>Fière face ou faire face ?
>>Examen de passage
>>Perdre la boule pour un ballon

Le Vietnamien possède un solide sens pratique qui lui permet de tirer parti de tout pour se sortir de situations difficiles que parfois un esprit occidental jugerait désespérées. Mais il convient de ne pas confondre sens pratique et logique. Descartes n’est pas Vietnamien, ça se saurait! Et l’occasion est trop belle pour ne pas illustrer mon propos par une récente démonstration familiale.

Pas très clair

Commençons par décrire la situation de départ non satisfaisante. C’était il y a six mois. La magnifique maison que je loue dispose, privilège rare à Hanoï, d’une petite avant-cour, qui me permet d’héberger ma moto, un de mes chiens, le kumquat du dernier Têt, un bougainvillier envahissant, et quelques autres objets que j’estime digne de la décharge, mais que mon épouse juge pouvoir avoir une quelconque utilité un jour ou l’autre.

Des ampoules qui ne craignent pas l’eau.

Toute la journée, cet espace convivial fait largement part au soleil, qui s’en dispute la propriété avec la frondaison du bougainvillier. Mais le soir venu, s’installe une obscurité redoutable qui transforme le lieu en un parcours d’obstacle où il convient d’éviter de marcher sur le chien dont la laisse, emmêlée dans les cales pieds de la moto, risque de freiner brutalement notre progression pour nous projeter violemment contre le kumquat qui n’en peut mais… La cause de ce rêve devenu cauchemar? Deux admirables globes extérieurs, fixés sous le balcon, dont les lampes ont déclaré forfait depuis belle lurette.

Décrivons maintenant la situation future satisfaisante. Pour que la lumière soit, il ne suffit pas d’avoir la foi, mais bien de changer les ampoules défectueuses en les remplaçant par des ampoules bien décidées à faire leur travail d’ampoule électrique. Pour cela, il suffit de réunir quelques moyens à la portée de tout individu vivant dans ma ruelle: les ampoules achetées au quincaillier du coin, l’échelle en bambou de mon voisin, et le tournevis qui est dans ma boîte à outils. Cartésien ou non, ceci ne me paraît pas insurmontable.

Voyons maintenant les cir-constances particulières de mon environnement. Je dois pour cela vous rappeler deux éléments fondamentaux de la vie au Vietnam: les petits boulots et l’importance de la vie familiale. J’ai été victime du premier élément et ma maison, du deuxième. Explications!

Bien décidé à faire revenir la lumière hors de chez moi, je suis allé chercher deux honnêtes ampoules chez mon quincaillier qui, soulagé de me voir venir sans mon épouse, me les a vendu à un prix moins honnête, accompagné d’un sourire lumineux. Qu’importe, je sacrifiai mes dôngs sur l’autel de la clarté domestique. En revenant chez moi, je décide de passer chez mon voisin pour récupérer l’échelle endormie le long du mur.  Las! Mon épouse bavarde sur le seuil du voisin avec l’épouse de ce dernier, donc ma voisine. 

Les deux épouses, voyant l’époux de l’une d’entre elles emprunter l’échelle de l’époux de l’autre, se concertent du regard, et l’épouse de l’époux emprunteur commence à lui chercher des poux dans la tête. En résumé, il s’agissait de m’éviter l’accident et la perte définitive de mes deux jambes, tout en estimant que je n’avais pas à me faire des ampoules aux mains en retirant le pain de la bouche de braves personnes qui ne demandent qu’à donner des petits coups de main contre une modeste rémunération.

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Le Vietnamien possède un solide sens pratique qui lui permet
de tirer parti de tout pour se sortir de situations difficiles 
que parfois un esprit occidental jugerait désespérées.

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Et inutile de récriminer, sauf à passer pour un égoïste imprudent. Mes ampoules électriques désormais inutiles, je n’avais plus qu’à attendre que mon épouse aille quérir près du marché un de ces nombreux chercheurs de petits boulots qui attendent patiemment l’offre, accroupis sur leurs talons une bonne partie de la journée.

Encore moins clair

Face au refus conjugal, je m’attends à voir arriver un changeur d’ampoules occasion-nel qui aurait bravé l’altitude des degrés de bambou pour faire vivre sa famille. Aussi qu’elle n’est pas ma surprise de voir que c’est mon beau-frère, momentanément hébergé chez moi, qui s’y colle. Sauf que pour illuminer ma cour, plutôt que de changer des lampes dont l’incandescence est devenue obsolète, il choisit de se jucher sur un échafaudage de table et tabouret, maintenu par ses sœurs, tandis qu’il perfore allègrement le mur en béton de mon habitation.

À grand coup de perceuse électrique (celle qui ne me sert jamais, mais que j’avais ramené de France dans l’espoir que le bricolage pouvait être ici un loisir), il fore deux trous au-dessus de le huis, pour y fixer… une douille en céramique, dans laquelle il visse allègrement une des ampoules dont je fis l’acquisition le matin même.

À mon grand effroi, la douille, totalement exposée à la pluie, est reliée à un fil électrique, constitué de plusieurs segments raccordés les uns aux autres, dont les épissures de cuivre apparaissent encore de-ci de-là. Le fil traverse le volet de la fenêtre la plus proche pour rejoindre une prise de courant. Il suffit de brancher le fil pour que la courette soit illuminée comme en plein jour. Même pas d’interrupteur, même pas de fusible...

Je branche, j’éclaire, je débranche, j’éteins. Qu’importe mes remar-ques sur le danger que court le réseau électrique et plus largement tout individu qui risque de toucher malencontreusement ce fil impudique qui expose ses dessous à tous les vents. Qu’importe que je joue Cassandre en dénonçant les hypothétiques suites néfastes de la rencontre du fil, de la douille ou de l’ampoule avec la pluie.

Je voulais de la lumière, je l’ai. L’affaire est dite. Elle aura coûté plus cher, pris plus de temps, provoquer plus de risques que le simple changement de lampes, mais le résultat est là. Je n’ai plus rien à dire…

Depuis deux jours, le jour, je relis en long, en large et en travers le Discours de la méthode de ce cher vieux Descartes, pour tenter de comprendre ce que j’ai loupé. Et la nuit, je vais discrètement entourer de chatterton les épissures de cuivre en priant qu’il ne pleuve pas. Tout ça dans le noir, bien sûr!

Texte et photo: Gérard BONNAFONT/CVN

 
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