19/12/2019 09:47
Le géant américain de la distribution en ligne Amazon, régulièrement accusé de ne pas payer suffisamment d'impôts en France, a décidé mercredi soir 18 décembre d'en rendre public le montant, en annonçant qu'il avait contribué aux recettes fiscales de l'Hexagone à hauteur de 250 millions d'euros l'année dernière.
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Amazon, régulièrement accusé de ne pas payer suffisamment d'impôts en France, a décidé d'en rendre public le montant.
Photo : AFP/VNA/CVN

En 2018, "les prélèvements obligatoires liés aux activités d'Amazon en France se sont élevés à plus de 250 millions d'euros, dont plus de 150 millions d'euros correspondent à des prélèvements directs (impôt sur les sociétés, cotisations patronales, impôts locaux, etc.)", a précisé l'entreprise dans un communiqué.

Le reste consiste en taxes et impôts que "nous collectons pour le compte de l'État", a précisé le directeur général d'Amazon France, Frédéric Duval: cotisations sociales et salariales, TVA, CSG, etc.

Or, "Amazon est en croissance sur le territoire français et à mesure que cette croissance augmente, la contribution aux services publics, au modèle social français, augmente", a insisté M. Duval, sans préciser cependant quel était le montant de ses bénéfices.

Quant à son chiffre d'affaires en France, il s'est élevé l'an dernier à 4,5 milliards d'euros, a dévoilé Amazon qui, au niveau mondial, avait réalisé plus de 10 milliards de dollars de bénéfice net pour un chiffre d'affaires de 233 milliards.

La société, au même titre que d'autres multinationales américaines comme Google, Apple et Facebook (les "Gafa"), est régulièrement accusée de minorer les revenus qu'elle perçoit en France afin de réduire ses impôts.

Interrogé sur la raison pour laquelle l'entreprise avait décidé de rendre publiques ces informations, M. Duval a simplement répondu que c'était parce que la question lui avait été "souvent posée".

Cette annonce intervient néanmoins alors que le gouvernement français, pour mettre fin à des pratiques fiscales controversées des multinationales du numérique, a voté fin 2018 une taxe dite "Gafa" entrée en vigueur cette année et qui impose ces entreprises à hauteur de 3% du chiffre d'affaires réalisé en France.

Contexte de la taxe numérique 

Selon l'ancien secrétaire d'État au Numérique Mounir Mahjoubi, les géants américains du numérique ("Gafa" plus Microsoft) ont déclaré l'an dernier en France un chiffre d'affaires quatre fois inférieur à celui réalisé effectivement, engendrant un manque à gagner d'un milliard d'euros pour le fisc.

"Depuis quelques années, il existe des interrogations quant à notre impact économique et notre montant d'impôts payés en France: je suis attentif à ces critiques et j'ai eu envie d'apporter un éclairage quant à notre part dans la croissance, dans l'emploi mais également au financement des services publics et du modèle social en France", a souligné M. Duval.

Depuis 2010, "on a refait nos calculs et il s'avère qu'on a investi 6,8 milliards d'euros en France", notamment dans les infrastructures, Amazon possédant désormais 20 sites logistiques dans l'Hexagone, a-t-il rappelé.

Ensuite, Amazon est un "gros contributeur d'emplois en France et on arrive au chiffre de 30.000 depuis sa création", dont 9.300 CDI, a-t-il ajouté.

Un chiffre qu'avait contredit M. Mahjoubi, désormais député LREM, estimant fin novembre dans un rapport qu'Amazon a "détruit 7.900 emplois en France". 

Mercredi soir 18 décembre, l'ex-ministre a toutefois estimé que cet effort de transparence constituait un "pas important car pour la première fois on a enfin un vrai chiffre d'affaires qui correspond à nos estimations (dans son rapport, NDLR) ou à celle d'Attac".

"En revanche, ils ne sont pas transparents sur les activités qui correspondent à ce chiffre d'affaires et la répartition des impôts qu'ils payent. C'est comme s'ils voulaient minimiser l'importance de l'impôt sur les sociétés, en insistant sur les cotisations", a encore dit M. Mahjoubi.

"J'ai bien peur que la fiscalité qu'ils évoquent ne concerne que leur activité physique et pas leurs services virtuels comme la +Market Place+ (une plateforme en ligne pour les vendeurs tiers) et Amazon Web Services", un service d'hébergement et d'informatique dématérialisée, a-t-il avancé.

Interrogé par l'AFP mercredi soir 18 décembre, le ministère de l'Économie n'a pas souhaité réagir à l'annonce d'Amazon.

Début décembre, le ministre Bruno Le Maire avait fait savoir que "jamais" la France ne renoncerait à la taxe sur le numérique, malgré les menaces américaines de surtaxer certains produits emblématiques français, tels que le champagne ou la maroquinerie. Paris, avait-il ensuite rappelé, privilégie une "solution internationale" au dossier numérique, dans le cadre de l'OCDE.

AFP/VNA/CVN

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