26/03/2018 14:22
Les experts publient lundi 26 mars la première étude mondiale jamais réalisée sur la détérioration des sols de la planète qui dégrade l'eau, les aliments, en bref le bien-être des humains au point de les contraindre à migrer.

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Une gestion déraisonnable des terres provoque une dégradation des sols en causant pollution, érosion, épuisement des sols. Photo : ST/CVN


"La dégradation des sols n'est pas un problème isolé : elle affecte de multiples régions et de nombreux habitants du monde. Elle altère la production de nourriture, la qualité de l'eau (...) et lorsque la terre se dégrade, souvent les gens migrent", a déclaré à l'AFP le scientifique Robert Watson, à la veille de la révélation de cette vaste enquête.

Ce rapport a été réalisé par une centaine de chercheurs bénévoles de 45 pays pour le compte de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES). La dégradation des sols, qui fait partie de cet inquiétant panorama, peut se traduire par le fait qu'"il n'y a plus de terres cultivables et donc une perte des moyens de subsistance", a ajouté M. Watson, président de ce groupe international.

L'IPBES, créée en 2012 à l'initiative de l'ONU et qui compte aujourd'hui 129 pays membres, a déjà rendu vendredi 23 mars un diagnostic inquiétant sur l'état de la biodiversité de la planète, surexploitée par les humains qui menacent leur propre bien-être en provoquant le déclin de la faune et de la flore.

Des scientifiques et décideurs de 116 pays de l'IPBES, réunis à huis clos pendant toute la semaine à Medellin, en Colombie, ont tiré la sonnette d'alarme sur les risques d'une extinction massive des espèces, la première depuis la disparition des dinosaures, la première provoquée par les humains et leurs abus.

Une question de survie

Comme l'étude sur la biodiversité, le rapport de lundi 26 mars a demandé trois ans de travail et compile toute la littérature scientifique récente sur ce thème, traité pour la première fois à l'échelle mondiale. Sa réalisation a coûté environ 810.000 euros (un million de dollars).

"C'était une demande de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CLD)", a précisé à l'AFP Anne Larigauderie, secrétaire exécutive de l'IPBES. "Ils avaient un besoin urgent d'un rapport sur la dégradation des sols (...) pour prendre des mesures", a-t-elle précisé. Le thème est primordial à la survie même des humains : 95% de notre nourriture provient directement ou indirectement de la terre, selon l'Organisation des Nations-Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

"Avec une population mondiale qui devrait dépasser les neuf milliards d'ici 2050, ajoutée à la lutte pour la terre et les ressources en eau, ainsi qu'au changement climatique, notre sécurité alimentaire actuelle et future repose sur notre capacité à augmenter les rendements et la qualité de la nourriture en utilisant des sols qui sont déjà en production", a-t-elle averti dans un rapport de 2015.

 

La terre devenant plus aride, elle se dégrade. Photo : AFP/VNA/CVN


Une gestion déraisonnable des terres provoque une dégradation des sols en causant pollution, érosion, épuisement des sols, qui perdent en nutriments et en productivité. La dégradation part de la "transformation de toute végétation originelle. Cela peut être la reconversion d'une forêt en terre agricole (...) d'une mangrove en élevage de crevettes", a expliqué M. Watson.

Au delà du diagnostic, l'IPBES devrait toutefois aussi donner des recommandations pour enrayer le phénomène, comme ils l'ont fait pour la protection des espèces. "L'un de nos buts est de souligner le fait qu'il est possible d'agir et que les gouvernements ont à leur disposition des outils pour ce faire", a précisé Mme Larigauderie.

Et il y a urgence : une étude publiée dans la revue scientifique Nature Climate Change a souligné en janvier qu'un quart des sols de la planète deviendraient "significativement" plus secs même si l'Humanité réussit à en limiter le réchauffement à deux degrés de plus, but fixé par l'Accord de Paris.

La terre se dégrade. Cela favorise les sécheresses, les incendies, la désertification, ainsi que la pollution de l'air par la mort des plantes et des arbres absorbeurs des gaz atmosphériques, responsables du changement climatique. La boucle est bouclée !

AFP/VNA/CVN

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