13/10/2019 15:13
Aux Jeux de Rio, sa blessure choc avait brisé en un instant ses ambitions olympiques. Trois ans plus tard, Samir Aït Saïd a arraché à la force du poignet son billet pour les JO-2020 en s'offrant sa première médaille mondiale, du bronze aux anneaux, samedi 12 octobre à Stuttgart (Allemagne).

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Le Français Samir Aït Saïd, médaillé de bronze aux anneaux aux Mondiaux, le 12 octobre à Stuttgart. Photo : AFP/VNA/CVN


Il l'a tellement désirée, elle a tellement de signification qu'il l'embrasse encore bien après l'avoir reçue sur le podium, les yeux embués de larmes : cette médaille, synonyme de qualification olympique, vaut beaucoup plus que du bronze pour Aït Saïd, bientôt trentenaire.

"Je suis sur un petit nuage, sourit-il. La concurrence était très rude, c'était une finale très relevée, je suis tellement heureux de cette qualification."

C'est bien le sésame olympique, bien plus que la médaille, même si c'est sa première au niveau mondial, qui fait le bonheur du gymnaste antibois.

Car depuis ce 6 août 2016, jour de son effroyable double fracture ouverte tibia péroné qui lui avait laissé la jambe gauche en équerre à la réception d'un saut à Rio, les JO-2020 sont l'horizon qui anime le spécialiste des anneaux. C'était le cas dès le lendemain de sa blessure, à peine opéré et encore sur un lit d'hôpital. Ça ne l'a pas quitté depuis.

"J'avais la trouille

Pour Aït Saïd comme pour son entraîneur Rodolphe Bouché, la tension était à son comble autour de cette finale. Depuis la non-qualification des Bleus par équipe pour Tokyo lundi 7 octobre, le champion d'Europe 2013 des anneaux savait que son salut ne passait que par un des trois billets réservés dans chaque finale par agrès aux gymnastes dont le pays n'était pas déjà du voyage au Japon. Sur huit engagés, ils étaient cinq à y prétendre. Il a empoché le dernier (14,800), puisqu'il a été devancé par le Turc Ibrahim Colak (14,933) et l'Italien Marco Lodadio (14,900), eux non plus pas qualifiés jusque-là. À ce petit jeu, c'est le champion olympique en titre, le Grec Eleftherios Petrounias, qui a perdu gros.

"J'avais peur, j'étais effrayé, j'avais une pression énorme depuis qu'on est arrivé ici, décrit Aït Saïd. Je ne vais pas mentir : j'avais la trouille parce que je savais que l'enjeu était énorme, que je n'avais pas le droit à l'erreur".

"Je savais que c'était possible mais qu'une bêtise aurait pu me priver de mon rêve olympique", résume-t-il.

 

L'Américaine Simone Biles, nouvelle médaille d'or autour du coup (saut) lors des Mondiaux de Stuttgart, le 12 octobre. Photo : AFP/VNA/CVN


"La pression monte depuis cinq jours, et elle était à son apogée ce (samedi) matin 12 octobre", confirme Bouché.

Mais Aït Saïd a su la dompter. Et au-delà de lui ouvrir les portes des JO-2020, ce bronze mondial tombe à pic, à neuf mois de la grand-messe olympique.

"S'il y a une médaille à faire, c'est maintenant", abonde Bouché. "On a marqué les esprits, renchérit Aït Saïd. J'ai fait une promesse à mon père (décédé en début d'année, ndlr), elle tient toujours : je vais me battre, je vais tout donner pour aller chercher ce titre olympique".

Et sa petite erreur, commise au cours de son mouvement, n'a fait que nourrir davantage son plus grand rêve. "Sans ça, j'étais champion du monde. Mais c'est pas grave, je serai champion olympique", lance-t-il.

S'ils sont désormais trois Bleus qualifiés pour Tokyo, avec Loris Frasca et Cyril Tommasone (6e de la finale des arçons, avec 14,833), Aït Saïd a apporté à la gymnastique française sa première médaille mondiale depuis cinq ans (Tommasone en bronze aux arçons en 2011).

Les 23 médailles mondiales pour Biles 

Les honneurs des podiums, Simone Biles y est elle habituée, mais celui sur lequel elle s'est hissée samedi 12 octobre gardera une place particulière dans l'histoire : en s'imposant au saut (15,399), elle a égalé, à 22 ans, le record absolu de médailles mondiales établi par la légende bélarusse Vitaly Scherbo dans les années 1990.

Si les barres asymétriques lui ont résisté (5e, avec 14,700), la championne américaine devrait s'emparer seule de ce prestigieux record dès dimanche 13 octobre : il lui reste encore deux finales à disputer, à la poutre et au sol.

"Je n'ai pas le temps de penser à ce genre de choses. Je me concentre sur mes performances, et après je vais dîner", répond avec flegme Biles quand on l'interroge sur ce que ça lui inspire. "J'essaie juste de garder la tête froide pour chaque finale, d'en profiter et de m'amuser".

En attendant, ce sacre au saut, son troisième de la compétition allemande, surtout le 17e de sa carrière, a encore enrichi son record du plus grand nombre de médailles d'or mondiales.


AFP/VNA/CVN

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