05/11/2019 15:35
En pleine rivalité commerciale entre Washington et Pékin, Emmanuel Macron a débuté lundi 4 novembre sa deuxième visite en Chine en appelant les Européens à parler et agir ensemble pour mieux peser face aux Chinois sur les dossiers économiques.

>>Macron retourne en Chine, commerce et culture en ligne de mire
 

Le président français Emmanuel Macron rencontre des industriels et personnalités économiques français et allemands à l'hôtel Hyatt à Shanghai le 4 novembre. Photo : AFP/VNA/CVN


"Il y a des agendas nationaux (...) mais plus on joue en franco-allemand et surtout en Européens, plus on a de la crédibilité et des résultats", a déclaré le chef de l'État quelques heures après son arrivée à Shanghai.

Il s'exprimait face à des chefs d'entreprise français et allemands participant à la Foire aux importations de Shanghai, un rendez-vous annuel dont la France est cette année l'invitée d'honneur.

Emmanuel Macron s'y rendra mardi matin 5 novembre en compagnie de son homologue chinois Xi Jinping, qui a offert lundi soir 4 novembre un dîner de gala aux dirigeants invités à cette foire.

Pour ce rendez-vous commercial, le président français a tenu à être accompagné par une ministre allemande, Anja Karliczek, en charge de l'
Éducation et de la Recherche, et d'un commissaire européen, l'Irlandais Phil Hogan, actuel titulaire du portefeuille de l'Agriculture et qui devrait prendre celui du Commerce dans la prochaine Commission.

Il s'agit, selon Emmanuel Macron, de montrer que, "dans un contexte international de plus en plus bousculé", une "coopération européenne" bien plus poussée est nécessaire pour peser avec efficacité face aux géants chinois et américain.

 

Accord sur les origines géographiques


Pour lui, ce renforcement est non seulement indispensable sur les plans économique et technologique - avec notamment le dossier sensible de la 5G - mais aussi climatique. Car "si nous n'intensifions pas notre coopération, nous n'arriverons pas à avoir des résultats" après le départ des États-Unis de l'accord sur le climat, selon lui.

Après un premier déplacement à dominante diplomatique en janvier 2018, cette deuxième visite en Chine a une forte dimension commerciale avec la signature attendue d'une quarantaine d'accords entre entreprises.

Emmanuel Macron a annoncé en outre lundi qu'un accord serait signé mercredi 6 novembre sur les indications géographiques protégées (IGP) qui certifient l'origine des produits européens entrant sur le marché chinois.

"Attendu depuis très longtemps", cet accord représentera "une avancée très importante, qui est le résultat d'une action commune" au niveau européen, a déclaré le chef de l'
État français.

"Il permet de favoriser le commerce et les échanges en protégeant nos marques, notre savoir-faire", a-t-il ajouté. Et il démontre que "nous savons bâtir, de manière réaliste, un agenda commercial positif", selon lui.

Cet accord concerne 100 IGP européennes, dont 26 françaises, notamment des vins et des fromages (comme le cognac, le Beaujolais, le Comté ou le pruneau d'Agen), qui pourront ainsi bénéficier d'une protection à leur entrée sur le marché chinois.

De son côté, le président chinois cherche à renforcer ses contacts avec les Européens au moment où l'économie de son pays ralentit, un recul aggravé par la guerre commerciale avec les 
États-Unis.

"Sans tabou"

Pour le sinologue Jean-Pierre Cabestan, de l'Université baptiste de Hong Kong (Chine), il ne fait pas de doute que l'offensive américaine pousse les Chinois à se rapprocher de la France et d'autres pays. Pour autant, "les Européens seraient naïfs de croire qu'ils peuvent s'allier à la Chine contre Trump", avertit-il.

"La Chine reste un problème pour l'OMC, un facteur de déstabilisation en mer de Chine méridionale, une menace face à Taïwan et un pôle autoritaire face à Hong Kong (Chine) et à nos valeurs démocratiques", estime l'auteur de "Demain la Chine, démocratie ou dictature ?"

Alors que l'
Élysée a assuré qu'Emmanuel Macron aborderait "sans tabou" ces questions sensibles, Pékin a adressé une mise en garde au président français.

"Hong Kong (Chine) et le Xinjiang relèvent des affaires intérieures de la Chine, il n'est pas pertinent que ce soit à l'ordre du jour diplomatique", a averti un haut responsable du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhu Jing. "Si la France cherche à "jouer un rôle de perturbation, ce n'est pas ce que nous espérons voir", a-t-il ajouté, à propos de la présence française dans la région indo-pacifique.

Pour cette sixième rencontre en deux ans, Xi Jinping va choyer le couple Macron, en particulier au cours d'un dîner privé avec son épouse, la chanteuse Peng Liyuan, mardi soir. La table sera dressée au coeur du vieux Shanghai, dans le jardin Yu, considéré comme l'un des plus beaux de Chine.

Auparavant, Emmanuel Macron devait inaugurer le nouveau Centre Georges Pompidou, destiné à devenir l'un des nouveaux lieux culturels de la métropole géante de 24 millions d'habitants.

AFP/VNA/CVN

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