24/03/2020 15:33
À Moscou, la reconnaissance faciale est devenue un outil-clé de la stratégie anti-coronavirus, un test grandeur nature pour cette technologie controversée, ses détracteurs dénonçant de longue date le risque d'un usage à des fins politiques.
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Reconnaissance faciale pour entrer dans le métro de Moscou, le 27 janvier.
Photo : AFP/VNA/CVN

Depuis février, des milliers de Moscovites, en particulier ceux revenus de pays touchés par le Covid-19, sont soumis à un régime de confinement strict à domicile de 14 jours pour empêcher la maladie de se propager. Tous sont catalogués avec leurs adresses, la copie de leurs passeports et leurs numéros de téléphone dans une base de données de cette mégalopole aux 16 millions d'habitants et visiteurs quotidiens.

Et chacun est informé qu'une infraction au régime d'isolement est passible d'amendes voire de prison et d'expulsion pour les ressortissants étrangers. "Le respect de ce régime fait l'objet d'une surveillance permanente, notamment via le système de reconnaissance faciale", a mis en garde le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, sur son blog.

La puissance du système repose sur un maillage très serré. Pas un couloir de métro, pas une rue n'échappe aujourd'hui aux 170.000 caméras déployées peu à peu depuis une décennie au nom de l'ordre public. Quelque 100.000 d'entre elles sont reliées à l'intelligence artificielle capable d'identifier les personnes filmées et les 70.000 restantes doivent suivre sous peu. La police de Moscou a dit avoir identifié depuis février près de 200 personnes ayant enfreint leur quarantaine, grâce à cette surveillance.

La Russie a aussi lancé d'autres technologies au service de la lutte contre le coronavirus, allant de la télémédecine à la surveillance des étalages de supermarchés et des réseaux sociaux pour contrer les rumeurs et "fausses informations". Le président Vladimir Poutine a lui-même visité mardi le nouveau centre de vigilance face à l'épidémie de coronavirus en Russie.

Deux Chinoises et leurs 600 voisins

Selon M. Sobianine, ce pôle dispose des coordonnées et lieux de travail de 95% des personnes ayant voyagé dans les pays les plus touchés par la pandémie. "Nous avons identifié où ils sont", s'est-il félicité.

Un employé de la société russe NtechLab fait une démonstration de la reconnaissance faciale, le 5 février à Moscou. Photo : AFP/VNA/CVN

Dès février, le maire vantait l'efficacité redoutable de ce contrôle en prenant l'exemple d'une Chinoise sortie indûment de sa quarantaine, d'une amie lui ayant rendu visite et du chauffeur de taxi de cette dernière. Les autorités ont collecté au passage les données personnelles des 600 voisins des deux jeunes femmes.

Selon le maire, les caméras sont aussi utilisées pour surveiller l'approvisionnement des étals des supermarchés, afin d'éviter les pénuries alors que de nombreux Moscovites, inquiets face à l'épidémie, se sont précipités cette semaine pour faire des stocks. Cette vidéo-surveillance renforcée par la reconnaissance faciale avait été testée pour la première fois durant l'été 2018 lors de la Coupe du monde de football, avant d'être généralisée en janvier 2020. Juste avant l'épidémie.

"La probabilité d'une erreur de notre algorithme dans la reconnaissance des visages est de 1 sur 15 millions", expliquait en début d'année Alexandre Minine, directeur général de la société russe NtechLab qui a gagné l'appel d'offre de la mairie de Moscou. Son dispositif, qui est aussi exporté en Chine, premier marché mondial, et en Amérique latine, est même capable d'identifier les personnes par leur seule silhouette dans "80% des cas".

Les technologies de surveillance russes et chinoises, les plus sophistiquées au monde, sont déjà exportées dans une centaine de pays, relève Valentin Weber, un expert de la cybersécurité à l'Université de Oxford, dans une étude publiée fin 2019.

AFP/VNA/CVN



 

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