29/03/2020 11:41
Deux mois après sa création sur l’île de Cù Lao Chàm, l’hôpital pour salanganes de Mui Dua a sauvé la vie à des centaines d’oisillons tombés de leurs nids accrochés aux falaises.
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Avec l’aide d’une pincette, un ouvrier donne à manger à chaque oisillon.
Photo : TT/CVN

En été, il fait une chaleur étouffante sur l’île de Cù Lao Chàm, au large de la province de Quang Nam, au Centre. Les falaises abruptes des cavernes sont le royaume des salanganes, une espèce d’oiseau proche des hirondelles et martinets dont les nids faits de gélose constituent un aliment des plus nutritifs. Ce dernier était d’ailleurs autrefois réservé aux hautes sphères du pouvoir féodal, en l’occurrence la famille royale.

Cù Lao Chàm, "jolie comme une perle surgie au milieu de la mer" disent certains, regorge de cavernes, notamment sur sa côte sud. C’est l’habitat de nidification préféré des salanganes dont les nids accrochés aux falaises inaccessibles constituent un trésor inestimable. Un métier des plus périlleux est même né : cueilleur de nids. Ceux-ci doivent se hisser sur des échafaudages de bambou à plusieurs dizaines de mètres au-dessus du sol.

Chaque année, Cù Lao Chàm engrange 50 à 60 milliards de dôngs de recettes de la cueillette de ces nids. Une véritable manne, qui explique pourquoi les zones de nidification sont gardées jour et nuit afin d’éviter les pillages.

Mort tragique de 2.000 oisillons

Cependant, ces dernières années, la population ailée de Cù Lao Chàm a eu tendance à décroître. Une des causes invoquées est la mortalité importante des oisillons à la saison de reproduction. Plusieurs milliers périssent en effet aux pieds des parois rocheuses qui les ont vus naître.

Dans la caverne de Mui Dua qui donne sur la mer, des sauveteurs, équipés d’une lampe frontale, recherchent les oisillons tombés du nid. "Nous faisons fréquemment des tournées nocturnes. En trois nuits, du 1er au 3 juillet, nous avons dénombré près de 2.000 petites salanganes mortes ou blessées aux pieds des parois. L’entrée  de la caverne était constellée de leur sang", déplore Huynh Ty, chef adjoint du Service de gestion et d’exploitation des nids de salangane de Cù Lao Chàm.

Selon cet expert ornithologique, juillet est la période où les œufs de salanganes éclosent en masse. Néanmoins, c’est aussi la saison où l’île subit les assauts de vents forts, de pluies torrentielles, de tempêtes… face auxquels les nids si minces ne peuvent résister. Nombre d’oisillons (souvent de moins d’un mois) tombent au sol. À cela viennent s’ajouter les prédateurs naturels, serpents et rats. "Cette hécatombe nous obsède", avoue Huynh Ty.

Pour remédier à cette situation, un centre de secours aux salanganes, surnommé "l’hôpital pour salanganes", a été mis en service début juillet 2019, installé à deux pas de la caverne de Mui Dua, un des dix principaux lieux de reproduction  naturels à Cù Lao Chàm. Un projet dans le cadre de travaux de recherche sur le sauvetage des salanganes est actuellement en cours de déploiement sous les auspices de la ville de Hôi An (même province de Quang Nam).

Sauveteurs-soigneurs dévoués

Cet hôpital pour salanganes couvre une superficie de 150 m². Là sont soignés et préparés au retour à la vie sauvage des centaines d’oisillons. C’est aussi le lieu de résidence du personnel composé de spécialistes de l’avifaune et des soins vétérinaires, payés par la Compagnie des nids de salangane de Khanh Hoà. En deux mois, grâce à une permanence assurée 24h/24 sur le site, l’hôpital a pu sauver plus de 500 salanganes. 
 
L’hôpital pour salanganes couvre une superficie de 150 m2, installé à deux pas de la caverne de Mui Dua. Photo : TT/CVN

Dans la salle de secours, les oisillons piaillent bruyamment. Un agent entre, avec en main une écuelle remplie d’aliment en boules. Avec précaution, à l’aide d’une pincette, il donne à manger à chacun. "Pour trouver les oisillons blessés, nous devons surveiller quotidiennement la caverne. Nous avons tendu des filets dans les endroits où les chutes sont les plus fréquentes. Les oiseaux bénéficient de soins attentionnés et d’une nourriture appropriée", informe Huynh Ty. Selon lui, hormis les cas graves, la plupart des victimes survivent. Quand les oiseaux sont en bonne forme et que leurs rémiges ont suffisamment poussé, ils sont relâchés dans un espace grillagé afin qu’ils puissent s’entraîner au vol.

"Quel bonheur et aussi d’émotion que de voir nos oiseaux libérés dans le ciel  rejoindre leurs congénères. Des moments inoubliables !", exprime-t-il.  "L’envergure de l’hôpital reste cependant en-deçà des besoins réels", ajoute le responsable. En effet, rien que dans la caverne de Mui Dua, on  recense 2.000 à 4.000 oisillons morts à chaque saison de reproduction.

Huynh Ty espère que ce modèle d’hôpital sera multiplié dans l’avenir. "C’est une aspiration que nous tous, gardiens, vétérinaires et soigneurs, partageons ardemment", insiste-t-il.  

Nghia Dàn /CVN 

 
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