20/05/2018 17:07
Lutter contre l'exclusion des plus fragiles grâce à des outils numériques : après la mise à disposition d'adresses pratiques sur un site internet, l'association Solinum vient d'installer sa première borne tactile à la gare de Bordeaux, avec l'ambition de les multiplier en France.
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C'est la vision d'un sans-abri sous un abribus connecté à Paris qui donnent à la jeune femme l'idée de mettre le numérique au service des exclus.
Photo: AFP/VNA/CVN

"L'accès au numérique pour les personnes en situation d'exclusion est quelque chose qui me tient à cœur", raconte Victoria Mandefield, 23 ans, qui a lancé en 2015 l'association Solinum en parallèle à ses études dans une école d'ingénieurs parisienne.

À l'époque, c'est la vision d'un sans-abri sous un abribus connecté à Paris et le "gros contraste entre les deux" qui donnent à la jeune femme, déjà impliquée dans plusieurs associations organisant des maraudes dans la capitale, l'idée de mettre le numérique au service des exclus grâce à des outils adaptés.

"Dès le début du projet, j'avais l'idée d'une borne interactive en extérieur à destination des sans-abri. Mais une borne, cela coûte cher. On a commencé par le site internet", détaille la jeune femme. Sous différentes rubriques telles que "hygiène", "matériel", "santé", "conseil"... ce "guide de la solidarité" (www.soliguide.fr) rassemble "tous les services, initiatives et ressources pour toutes les personnes en difficulté".

Aujourd'hui, plus de 3.000 adresses sont recensées, essentiellement à Paris, Bordeaux, Nantes et Strasbourg. Mises à jour régulièrement, elles vont être progressivement étendues à d'autres villes avec le concours d'associations locales. Selon les premiers chiffres fournis par l'association, environ 7.000 personnes se sont déjà connectées et ont accédé à des fiches de renseignement détaillées.

L'association Solinum vient d'installer sa première borne tactile à la gare de Bordeaux. Photo: AFP/VNA/CVN

"Services sociaux débordés"

Grâce à un appel à projets lancé par la SNCF à Bordeaux, une nouvelle étape a été franchie avec la mise en place fin avril de la première "borne tactile" de l'association qui décline le site internet en se rapprochant au plus près des personnes sans abri, nombreuses dans les gares et alentours.

"Nous avons retenu cinq projets dans divers domaines, dont celui de la borne interactive pour le volet social", explique Stéphane Lambert, directeur régional "gares & connexions" pour la région Nouvelle-Aquitaine. "Ce projet s'intégrait dans notre démarche sociale d'accompagnement des personnes en difficulté afin de les mettre en contact avec les acteurs qui peuvent les aider", ajoute-t-il.

À la clé pour Solinum, une "dotation de 10.000 euros" qui a permis la fabrication et l'installation de la borne en partenariat avec les équipes de la gare. Et un encouragement pour, à terme, multiplier ce type d'outils dans d'autres gares et lieux publics.

"C'est une initiative géniale", se félicite Élodie Bazin, de l'association Karavan Bordeaux qui s'occupe notamment de personnes en difficulté. "Il y a dans les gares beaucoup de gens qui arrivent et ont besoin de ce type de renseignements. Ils peuvent ainsi les obtenir sans devoir passer par de multiples rendez-vous avec les services sociaux qui sont débordés", rappelle-t-elle.

"La borne n'a que quelques semaines, mais le peu de retours que nous avons sont très positifs. Lorsque nous faisons des maraudes et proposons des informations, certains nous disent qu'ils sont déjà au courant grâce à la borne!", témoigne-t-elle.

"Le numérique peut être un levier pour décupler le travail des associations", rappelle Victoria Mandefield. "Il faut aussi lutter contre les préjugés : une personne sans abri avec un smartphone, c'est très mal vu, alors que c'est aussi un outil pour les personnes en difficulté pour communiquer, pour faire des démarches, parfois pour se faire comprendre grâce à +google traduction+...", souligne-t-elle.

Après une opération de financement participatif, Solinum prévoit d'ailleurs la traduction des contenus pratiques en arabe et en dari, une des langues de l'Afghanistan.

AFP/VNA/CVN
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