30/09/2016 16:49
"C’est une très grande satisfaction" de disposer désormais d’infrastructures "à la hauteur de nos missions", se félicite Jean Chambaz, le président de l’Université Pierre et Marie Curie.
Le campus de l'Université Jussieu (bas, gauche) photographié d'une tour proche, le 29 septembre. Photo : AFP/VNA/CVN


Jussieu, ses étudiants, ses surcoûts et son amiante. Les premiers, au nombre de 35.300, dont près de 6.000 étrangers et 3.000 doctorants, ont désormais l’usage d’un outil flambant neuf : bibliothèques éclairées, espaces végétalisés, technologies de pointe.

Ils peuvent profiter d’un calculateur parmi les plus puissants d’Europe, d’un laboratoire comptant dans ses effectifs trois prix Nobel et quatre médailles d’or du CNRS, d’une unité de robotique à même d’inventer les drones de demain...

Le cadre reste pourtant sensiblement le même. L’architecture initiale, carrée et moderniste, typique des "Trente glorieuses", a été conservée, bien qu’épurée. Des travées ont été pratiquées, certaines lignes adoucies. Les oeuvres d’art, omniprésentes, ont été dépoussiérées.

"Tout a été désossé avant de reconstruire", insiste Jean Chambaz. La faute à l’amiante, "floquée" sur toute l’infrastructure en métal du site lors de sa construction, entre 1964 et 1972. Des dizaines de bâtisseurs et d’employés de Jussieu ont été intoxiqués.

Chantier interminable

Jussieu, joyau scientifique entaché par l’amiante, fut aussi un gouffre financier. Alors que le désamiantage du campus devait initialement durer trois ans, pour un budget de 183 millions d’euros, l’addition se monte au final, explique Jean Chambaz, à "près de 1,7 milliard d’euros" dont un tiers est, selon lui, dû à des "tergiversations". "La gestion du dossier par l’
État a eu des retards, des pauses, ce qui a augmenté très nettement le coût de l’opération", souligne-t-il.

L’exécutif est également coupable d’"effets d’annonce", affirme Jean-François Bonne, un associé du cabinet Architecture-studio, actif sur une partie du site. Il était "impossible de respecter le calendrier de départ", juge-t-il. "Si l’université avait été fermée pendant six ans, peut-être ces délais auraient-ils pu être tenus. Mais là, elle a continué à fonctionner. Il a fallu créer des locaux ailleurs, déménager dans des locaux provisoires, ou définitifs, qu’il a parfois fallu construire", énumère-t-il.

Pour Marc Warnery, directeur général de Reichen et Robert & associés, autre cabinet d’architectes impliqué dans la rénovation du site, la tâche a été si complexe qu’il y a désormais "un avant et un après Jussieu". "Ce chantier, par son côté "emblématique", marque également un tournant dans la préservation de l’architecture de la deuxième moitié du XXe siècle en France", dit-il.


AFP/VNA/CVN

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