19/09/2015 13:47
Méconnu de nombreux Vietnamiens, le T’ve est un alcool omniprésent dans les maisons du village de Dak Dê, peuplée d’habitants de l’ethnie Xê Dang, dans les hauts plateaux du Centre. Un alcool 100% naturel.
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Plus on connaît le Tây Nguyên (hauts plateaux du Centre), plus on découvre des choses mystérieuses qui ne semblent exister que dans cette vaste contrée montagneuse du Centre, peuplée de nombreuses ethnies minoritaires.

Les Xê Dang, par exemple, sont fiers de leur T’ve, une eau-de-vie  produite à partir des fruits du T’ve, palmier ne poussant que sur les pentes rocheuses du mont Ngoc Tang. Pas besoin d’instrument de distillation, ni de substance chimique pour le fabriquer, la nature s’en charge.

A H’vôi, chef du village de Dak Dê, dans sa «distillerie naturelle». Photo : TP/CVN

Si vous passez par Dak Dê, ne manquez pas de siroter du T’ve accompagné de ragoût de veau en guise d’amuse-gueules. Les Xê Dang expriment ainsi leur hospitalité. C’est dans cette ambiance de convivialité que le vieux A H’vôi, chef du village, a révélé un jour le secret du T’ve aux journalistes venus le voir, et promis de les emmener à une «distillerie naturelle» nichée au plus profond de la forêt.

Un don du Ciel

Lors de cette balade, le vieux A H’vôi ne portait sur lui qu’une machette et une hotte contenant des morceaux d’écorce d’une plante du nom de Kre. Après cinq kilomètres d’un sentier sinueux reliant le village de Dak Dê au pied de la chaîne de montagne de Ngoc Tang, a débuté une escalade harassante. «C’est la 2e fois de ma vie que j’ai l’honneur de gravir ce mont mystérieux. Malgré la fatigue, c’est toujours un plaisir», a confié Mme Y Ngheo, qui a suivi le groupe pour voir de ses propres yeux ce don du Ciel.

«Le Ciel ne donnera plus d’alcool si une  femme grimpe sur l’arbre», a-t-elle ajouté. Après un kilomètre, le vieux A H’vôi s’est arrêté devant un massif de Lô ô (grands bambous à longs entrenœuds). Il a choisi des tiges de la grosseur d’une jambe et a coupé avec sa machette quelques tuyaux limités chacun par deux nœuds. Et de percer ensuite un bout de chaque tuyau, pour faire un récipient. «Le T’ve gardera mieux sa saveur dans un tuyau de Lô ô que dans un récipient en plastique», a-t-il révélé.

Une grappe de fruits du palmier T’ve, d’où sort l’alcool bio. Photo : TP/CVN
Après plusieurs centaines de mètres de dénivelé supplémentaires, c’est trempé de sueur que le groupe est enfin arrivé à la «distillerie naturelle». Au pied d’une falaise trônaient une dizaine de T’ve colossaux. La commune de Dak Ro Nga, district de Dak Tô, province de Kon Tum, est l’unique localité du Tây Nguyên où pousse cet arbre. De la famille des palmiers, il a besoin de dix ans pour donner ses premiers fruits.

C’est le temps qu’il faut pour produire l’alcool bio. Au moyen d’une échelle faite de grands Lô ô, A H’vôi est monté au niveau de la grappe de fruits, en a coupé les deux tiers. Du bout du pédoncule coupé a alors suinté un liquide qui, à travers un chéneau en bambou, est tombé goûte à goûte dans un des récipients de Lô ô attachés au tronc.

Dans ce récipient en bambou, A H’vôi avait déposé de l’écorce de Kre, le ferment. Le chef du village a confié que cet écorce est difficile à trouver, car la plante ne vit que sur les pentes du mont Ngoc Linh. L’écorce doit ensuite être séchée longtemps sur le feu.        

Euphorie et tonus

Le lendemain, l’alcool T’ve était prêt à être consommé. Les jours suivants, vers 16h00-17h00, il faut revenir pour changer de récipient. Un T’ve peut donner quotidiennement 5 à 20 litres. Avec sa saveur exquise, son odeur agréable et son taux d’alcool élevé, le T’ve est la boisson préférée des Xê Dang. «Une source d’euphorie et de tonus», selon Y Nghi. «J’ai bu plusieurs sortes d’alcools et de bières. Mais le T’ve l’emporte sur tous. Il suffit de boire quelques verres pour chanter et danser des Xoang toute la nuit». 

L’écorce de Kre, ferment profitable à la préparation de l’alcool T’ve.
Photo : TP/CVN 

Le mystère du T’ve est gardé par les habitants du village de Dak Dê, propriétaire d’une bonne dizaine de ces distilleries naturelles. La récolte du T’ve a lieu de janvier à avril. En début d’année, les villageois organisent une cérémonie rituelle dédiée au culte du Ciel, avec comme offrandes des verres de T’ve et des poulets bouillis. Réunis dans la nhà rông (maison commune sur pilotis propre au Tây Nguyên), ils implorent la protection du Ciel et du génie du T’ve, pour la santé des gens et la croissance des cultures. 

Pour les Xê Dang, ce don du Ciel est tellement précieux qu’ils vénèrent aussi les objets liés à sa fabrication, tels que machette ou récipient en Lô ô. Selon la tradition, l’on forge soi-même la machette réservée exclusivement à cet usage. «Si cette machette est utilisée pour autre chose, le Ciel nous punira, et le T’ve ne donnera plus d’eau-de-vie», assure A H’vôi.


La légende du T’ve
 
Un jour, des chasseurs Xê Dang qui n’avaient rien attrapé depuis des heures, se sont couchés sous les ombrages. En rêve, le chef du groupe a vu apparaître Dieu qui lui a donné un conseil : «Cessez de chasser ! Je vous donnerai en contrepartie un cadeau précieux : l’alcool T’ve». Et de lui montrer la manière de tirer ce breuvage des grappes du palmier T’ve, avec l’aide du bambou Lô ô et de l’écorce Kre. À son réveil, il a rapidement mis à exécution ces conseils. Et c’est ainsi qu’est apparue cette eau bénite, fruit d’un seul jour de fermentation.
 

 
Nghia Dàn/CVN
 
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