05/03/2017 17:52
Pour l’étranger, le Vietnam peut avoir le regard de Chimène. Inutile de bouder un tel plaisir. Et pourtant, parfois la mariée est trop belle, au point que l’on souhaiterait ne plus être l’objet de tant d’attentions.
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Depuis que j’habite dans ce pays, j’ai pu maintes fois constater l’extraordinaire hospitalité du Vietnamien. Être invité à boire un verre, à l’improviste, alors que je m’arrête simplement pour obtenir un renseignement, n’est pas chose rare. Au début, j’étais souvent gêné, avec le sentiment d’abuser d’une gentillesse qui obligeait mes hôtes à me donner plus que je ne leur demandais. Mais au fil du temps, j’ai compris que, si dans mon pays d’origine, l’hospitalité se monnaye selon un conformisme bien établi, ici, elle s’inscrit dans cette spontanéité naturelle où le plaisir du partage prévaut à l’obligation du contre don. Mais parfois, cette chaleureuse sollicitude peut devenir bien pesante ! Expérience récente.

Un peu de réserve

J’aurais dû m’en douter : la journée avait commencé par l’arrêt intempestif d’un ascenseur, entre deux étages. Aurais-je été sur le palier à l’attendre que l’idée même de l’évoquer dans ces lignes ne m’aurait pas effleuré. Mais, j’étais à l’intérieur, coincé entre six personnes, et le 8e et 9e étages d’un hôtel. Une bête erreur de calcul et de comparaison entre le poids sensé être supporté par la machine et la masse des personnes entassées dans l’habitacle. Heureusement, l’épreuve ne dure que quelques minutes, le temps qu’un ange gardien déverrouille les portes et ne vienne nous libérer.

Balade au fil de l’eau avant une soirée... hospitalière !
Photo : Gérard Bonnafont/CVN

Je profite de cette liberté inconditionnelle pour accompagner une famille à la campagne. Loin de la ville, de la pollution et de ses ascenseurs, nous profitons d’une journée que le soleil se décide à honorer. Entre ballade dans les rizières et promenade en bateau, la sérénité est au rendez-vous…Le soir venu, je dépose parents et enfants dans un hôtel paradisiaque, en leur promettant de venir les extraire de ce site idyllique le lendemain matin.

Laissant la famille au plaisir du jacuzzi et du massage, je rejoins notre chauffeur, à qui je confie la mission de me trouver un hôtel confortable, mais plus modeste, dans le voisinage. J’aime bien ce chauffeur. Peu bavard, il ne passe pas son temps à me poser mille questions sur ma vie privée et à me demander mon avis sur le Vietnam.

Non que je sois avare de renseignements, mais je dois avouer que cette curiosité naturelle du Vietnamien à s’intéresser aux sentiments et émotions de son interlocuteur, surtout s’il est étranger, me donne parfois l’impression d’être face à un contrôleur des impôts : âge, situation de famille, adresse, locataire ou propriétaire, nombre, sexe et âge des enfants, âge de l’épouse, son lieu de naissance, activité de l’épouse, nombre de fois où je rentre en France… Tout y passe jusqu’à savoir combien de fois je mange du chien, si j’aime les Vietnamiennes, ce que je pense du pays et tutti quanti ! Et dans un voyage qui dure plusieurs heures, vous comprenez bien que parfois, j’ai envie de dire que je ne parlerai qu’une présence de mon avocat !

Pour l’heure, mon compagnon silencieux satisfait tout à fait mon besoin d’admirer le paysage en toute tranquillité. C’est d’ailleurs sans aucune autre forme d’explication qu’il me fait traverser la province de Ninh Binh (Nord), sans paraître chercher un quelconque asile pour la nuit, alors que nous passons devant plusieurs hôtels qui me semblent sympathiques. Lui laissant l’initiative, je me garde bien de le lui signaler et je me laisse conduire…

Après 30 minutes de route, la voiture s’arrête devant un magasin d’appareils électroménagers et d’équipements pour karaoké. Ce qui, je vous l’avoue, me laisse perplexe sur le type de chambre que nous allons y trouver. Un bref «nhà chi gai» me renseigne sur son intention : nous sommes devant la maison de sa grande sœur !

Sans réserve

Sachant qu’il est du coin, je ne peux lui reprocher de vouloir en profiter pour faire une visite familiale et, malgré mon envie de me reposer en cette fin de journée, j’accepte son invite à entrer dans le magasin. Accueilli à bras ouverts par ses neveux qui n’ont pas tous les jours l’occasion de voir un étranger, je me retrouve rapidement assis sur un canapé, une fillette de deux ans sur les genoux, un chien poilu frétillant à mes pieds, et un verre de thé parfumé en main.

Heureusement, alors que j’appréhendais le feu nourri de questions, dont je vous ai fait part ci-dessus, la conversation est vite devenue familiale. Pour éviter de les importuner dans leur intimité et d’entendre des propos qui ne me concernaient pas, j’en profite pour faire un tour de magasin, comme n’importe quel acheteur potentiel.

Après une heure à ouvrir les capots de machine à laver, tripoter les boutons des amplis, comparer les performances des téléviseurs, inspecter les robots ménagers, et s’essayer au karaoké portable, je me dis qu’il est peut-être temps de remplir l’objectif que j’avais fixé : trouver une chambre d’hôtel. Je reviens donc au salon, juste au moment où mon chauffeur en sort pour m’inviter à partager un repas familial. Me croiriez-vous, si je vous disais que je n’en suis pas étonné ?

À vrai dire, cette possibilité était ancrée dans le fond de mon esprit depuis que nous étions arrivés, mais j’espérais secrètement qu’elle ne se réalisât point ! En effet, et la suite me le prouvera, une invitation à un repas de famille dont les membres ne se sont pas vus depuis plusieurs jours, c’est la garantie d’une soirée prolongée et arrosée ! Mais comment refuser, sans passer pour un malotru, et surtout, sans être obligé de faire des centaines de mètres à pied à la recherche d’un hôtel ?

Les Vietnamiens sont amicaux et hospitaliers. Photo : QB/CVN

Je suis donc le mouvement. Tout le monde dans la voiture et direction un restaurant de fondue vietnamienne «lẩu», où nous sommes reçus comme des héros, surtout moi. Pensez donc, un étranger qui fait les honneurs de la table d’un établissement dans un petit bourg vietnamien ! J’ai droit à la place d’honneur, au bout de la table et à côté des bouteilles d’alcool de riz. J’ai encore droit à la part du roi : c’est mon «bát» (bol) que l’on remplit en premier, c’est lui que l’on recharge à chaque fois qu’il est vide. C’est moi que l’on prend en photo avec chaque convive, puis avec le patron du restaurant, puis avec la patronne.

Et, bien sûr, c’est moi que l’on interroge pendant tout le repas. Quand l’hospitalité devient démesurée, on se prend à rêver à la vie d’ermite…Quand nous prenons congé, deux heures plus tard, mon chauffeur a une démarche si peu assurée qu’elle me donne envie de lui proposer de dormir dans la voiture garée sur le trottoir. Mais il doit exister un génie spécial chauffeur, car une fois au volant, sa conduite redevient conforme à ce qu’elle doit être pour nous conduire, enfin, à un hôtel. Encore qu’ici, le mot «hôtel» soit surfait !

En effet, après avoir erré un bon moment, nous nous arrêtons dans une ruelle sombre, devant un petit «nhà nghỉ» (hébergement). Mon chauffeur doit connaître, car il lui suffit de composer un numéro de téléphone pour qu’un homme hirsute nous ouvre des portes aux vitres sales sur une pièce qui tient plus du local à poubelle que d’un hall de réception.

En grognant, l’improbable propriétaire accepte de me donner une chambre, ou plutôt un galetas sans fenêtre. J’avais demandé un hôtel modeste, mais à ce point ! Mais, qu’importent les fils électriques dénudés qui pendent, les fuites d’eau des toilettes, l’absence de fermeture de la porte, j’ai un lit, même s’il ressemble à un grabat. Demain sera un autre jour…

Finalement, on m’aura offert le couvert et le gîte, que demander de plus !

Gérard Bonnafont/CVN
 
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