27/10/2013 00:52
À 55 ans, Pham Cao Phuong Thao est, depuis de nombreuses années, enseignante spécialisée pour muets et sourds à Hô Chi Minh-Ville. Elle a appris la langue des signes afin de communiquer avec son fils handicapé.

Dans un apparte-ment du 3e arrondissement à Hô Chi Minh-Ville, gracieusement prêté par un «bienfaiteur», Pham Cao Phuong Thao nous accueille chaleureusement à la porte d’entrée. Et elle commence à nous parler des personnes muettes et sourdes, de leurs pensées, de leurs sentiments... Elle pourrait ne jamais s’arrêter.

Mme Pham Cao Phuong Thao, ambassadrice des handicaps à Hô Chi Minh-Ville.
                                                                                  Photo : Dang Huong/CVN


Comme de nombreuses personnes d’âge mûr dans le pays, Mme Thao, 55 ans, a beaucoup de cheveux blancs. Ils témoignent aussi des années difficiles passées à soigner son fils unique Doàn Pham Khiêm.

Mieux comprendre son fils par tous les moyens

Pham Cao Phuong Thao est née et a grandi à Saigon (actuelle Hô Chi Minh-Ville). Elle était élève à l’École Gia Long, un lycée célèbre à l’époque (actuel Lycée Nguyên Thi Minh Khai). Après avoir obtenu son baccalauréat, elle a poursuivi ses études universitaires en droit, en langues étrangères et en économie. Une fois diplômée, cette femme a travaillé dans une société de distribution cinématographique et elle s’est mariée avec un jeune homme pauvre.

En 1982, son fils Doàn Pham Khiêm naît. Et le malheur frappe à ses un an. Le petit Khiêm tombe très malade. Pour survivre, il doit prendre des antibiotiques à haute dose. Selon les médecins, l’acuité auditive de l’enfant est gravement menacée à cause de la prise des médicaments. Ce qui arriva. Khiêm perd une partie de sa faculté d’écoute. Cela signifie qu’il va perdre aussi sa faculté de parler.

Après plusieurs années de traitement sans résultat, Mme Thao et son mari abandonnent tout espoir. Son mari, lui, ne supporte pas cette douleur. Il plonge dans l’alcool pour ne pas y penser et croit résoudre ses douleurs, son désespoir, son impuissance et sa tristesse en portant des coups sur sa femme. Vient le moment où Mme Thao souhaite tout abandonner et partir là où elle ne devrait pas avoir à supporter les douleurs physiques et morales. Mais elle doit survivre pour son fils qui n’est pas capable d’exprimer ses sentiments oralement.

Khiêm lui manque. Elle décide donc de divorcer, de soigner et de nourrir seule son fils.

Face à une situation difficile, pour gagner sa vie et avoir des revenus pour continuer à traiter la maladie de son enfant, la mère Phuong Thao se lance dans le gardiennage de bureau le soir ainsi que dans la vente de vêtements, chaussures, sandales et tabac.

Puis, elle confie son fils à l’École des enfants handicapés de Lái Thiêu dans la province de Binh Duong (Sud). La vie du petit Khiêm commence alors un nouveau chapitre. Après quelque temps d’apprentissage, l’enfant se met à communiquer par signes avec sa mère. Cette dernière désire ardemment apprendre la langue de son fils. Elle pleure de bonheur quand elle est devient capable de communiquer avec son enfant, de comprendre son monde silencieux. «Pour faire comprendre à Khiêm un proverbe, je dois prendre quatre heures environ et utiliser beaucoup de gestes et de mouvements. Afin qu’il écrive bien, j’achète des livres et des journaux, je suis très patiente pour lui expliquer les choses qu’il ne comprend pas», explique Mme Thao.

Les larmes et les efforts sans relâche de la mère ont été payés. Le petit Khiêm arrive premier au concours d’entrée à l’École supérieure des beaux-arts de Hô Chi Minh-Ville en 2009. Il est le premier étudiant handicapé dans une université publique dans le pays. Ce résultat exprime non seulement la force extraordinaire de Khiêm mais aussi l’amour inconditionnel de sa mère.

Ambassadrice des handicapés

Depuis la découverte du monde silencieux de son fils, Pham Cao Phuong Thao constate que beaucoup de personnes muettes et sourdes dans le pays n’ont pas occasion d’aller à l’école, et en particulier dans un établissement spécialisé pour les handicapés, parce qu’ils n’ont pas assez d’argent. De nombreux enfants ne connaissent pas encore la langue des signes. Ils sont seuls toute la journée.

Mme Phuong Thao apprend aux handicapés la langue des signes.
                                                                                  Photo : Dang Huong/CVN


Mme Phuong Thao ne croise pas les bras et fait tout son possible pour ouvrir une classe gratuite. Cette dernière est actuellement installée au 2e étage dans le quartier collectif Nguyên Thiên Thuât (3e arrondissement). C’est aussi le lieu d’activités pour une organisation des personnes muettes et sourdes de Hô Chi Minh-Ville dans laquelle Mme Thao joue le rôle de conseillère. Elle est aussi devenue interprète des handicapés dans les échanges et les évènements. Elle fait le lien entre eux et les organes compétents dans toutes les activités de l’organisation, les demandes et les intérêts de chacun.

Mme Thao et son fils sont en train d’élaborer ensemble près de 400 signes pour les soumettre à l’Institut des langues et des infirmités afin d’enrichir la langue des signes du pays.

Bao Trân/CVN
 

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