07/01/2017 19:33
Trente-et-un détenus ont été brutalement assassinés vendredi 6 janvier dans l'État de Roraima, un nouveau massacre dans une prison du Nord du Brésil, cinq jours après le carnage de Manaus en Amazonie (56 morts).
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Le Pénitencier agricole de Monte Cristo, situé près de Boa Vista, capitale de l'État de Roraima, accueille plus de 1.400 détenus, plus du double de la capacité normale. Photo : AFP/VNA/CVN

Un précédent bilan établissait le nombre des morts à 33. Mais après l'examen des corps, les autorités ont revu le bilan à la baisse, l'établissant à 31 morts.

Comme à Manaus, les victimes ont été décapitées, éviscérées, démembrées, selon des photographies de l'intérieur de la prison obtenues par l'AFP, montrant des dizaines de corps empilés dans un gigantesque bain de sang, un carnage survenu sur fond de guerre de gangs pour contrôler le marché de la cocaïne.

"La barbarie a eu lieu vers 2h00 du matin (06h00 GMT). Il n´y a pas eu d´échange de tirs, les victimes ont été tuées avec des objets coupants ou des armes artisanales', a décrit Uziel Castro, secrétaire à la justice de l'État de Roraima. Selon M. Castro, le Pénitencier agricole de Monte Cristo (PAMC), situé près de Boa Vista, capitale de l'État de Roraima, accueille plus de 1.400 détenus, plus du double de la capacité normale.

Une vidéo exclusive obtenue par l´AFP montre des prisonniers, la plupart en sous-vêtements, obligés d'évacuer eux-mêmes les corps hors de l'établissement vers les véhicules de l´Institut médico-légal.

"Brutalité démesurée"

Le 16 octobre, dix détenus avaient été tués dans cette même prison lors d'un affrontement entre factions rivales du crime organisé. Certains avaient aussi été décapités et brûlés vifs. Le lendemain, dans une autre prison du nord du Brésil, dans l'État de Rondonia, huit prisonniers étaient assassinés.

Cette prison regroupait des membres du Comando Vermelho (CV), originaire de Rio de Janeiro et allié de la FDN (Familia do Norte), considérée par la police comme responsable du massacre de Manaus dans la nuit de dimanche 1er à lundi 2 janvier. La plupart des détenus tués à Manaus étaient des membres présumés du puissant PCC (Premier commando de la capitale) de Sao Paulo, grand rival du CV.

Depuis, M. Castro assure que les membres de factions "ont été séparés" et que "les membres déclarés du CV ont été transférés". Selon lui, ce nouveau carnage est une "action isolée de membres du PCC contre des personnes qui
n'étaient liées à aucune faction". 
"Ce sont des actes d´une brutalité démesurée, sans aucun fondement. Nous n´en avons pas compris les raisons", a-t-il avoué.

"Apparemment, il ne s'agit pas d´une vengeance du PCC contre la Familia do Norte", a déclaré pour sa part le ministre de la Justice, Alexandre de Moraes.

Frontaliers de la Colombie, du Pérou, de la Bolivie ou du Venezuela, les États du nord du Brésil constituent un enjeu stratégique pour ces factions qui cherchent à contrôler les approvisionnements en cocaïne.

"Tragédies annoncées"

Jeudi 5 janvier, le gouvernement brésilien a annoncé les grandes lignes de son nouveau Plan national de sécurité, avec notamment la construction de prisons dans chacun des 27 États du pays ainsi que cinq nouveaux établissements fédéraux de haute sécurité. Le taux d'occupation des prisons brésiliennes est de 167% et un rapport du ministère de la Justice estime qu'il faudrait augmenter de 50% la capacité pour résorber ce problème.

Selon la sociologue Camila Nunes Dias, professeur de l'Université Fédérale ABC de Sao Paulo, ces massacres dans des prisons brésiliennes sont des "tragédies annoncées", en raison des "tensions entre groupes de détenus et de la précarité des installations".

"Toute proposition à effet immédiat, comme la construction de nouvelles prisons, ne résout pas les vrais problèmes. Cela sert tout juste à satisfaire l'opinion publique en attendant le prochain drame", expliquait jeudi 5 janvier à l'AFP cette spécialiste des factions criminelles.

L'Ordre des Avocats du Brésil (OAB) a annoncé son intention de saisir la Cour Inter-américaine des Droits de l'Homme pour sanctionner "l'absence de mesures concrètes de la part de l'État pour résoudre le problème, qui se répète sans cesse".

Le président Michel Temer a essuyé de nombreuses critiques en qualifiant jeudi le massacre de Manaus d'"accident effroyable", après un silence de quatre jours.

Vendredi 6 janvier, le chef de l'État s'est contenté de réagir par un communiqué dans lequel il déplore cet épisode.
AFP/VNA/CVN
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