21/05/2017 14:43
Partis de gauche, syndicats et organisations de la société civile ont appelé à manifester dimanche 21 mai dans plusieurs villes du Brésil pour réclamer la démission du président Michel Temer et la tenue de nouvelles élections.
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Le niveau de mobilisation permettra de mesurer la colère des Brésiliens à l'encontre du président, acculé par de graves accusations de corruption.
Photo : AFP/VNA/CVN

"Le Brésil descend dans la rue pour dire +assez de ce gouvernement+, annonce un communiqué syndical. Les principaux rassemblements sont attendus à Rio de Janeiro et Sao Paulo, cependant une autre série de manifestations annoncées par des groupes de centre-droit a été annulée.

Avant ce rendez-vous dans la rue, Michel Temer, qui joue sa survie politique, est passé à l'offensive samedi 20 mai en demandant la suspension de l'enquête à son encontre. "Je continuerai à la tête du gouvernement", a martelé le chef de l'État, dans sa deuxième allocution depuis que le scandale a éclaté quand le journal O Globo a révélé l'existence d'un enregistrement dans lequel il semble donner son accord au versement de pots-de-vin.

Ces dessous-de-table viseraient à acheter le silence d'Eduardo Cunha, ancien patron de la Chambre des députés, aujourd'hui en prison pour son implication dans le méga-scandale de corruption du groupe pétrolier d'État Petrobras. Dans sa demande d'ouverture d'enquête, le procureur général Rodrigo Janot affirme que le chef de l'État, en collaboration avec plusieurs hommes politiques influents, a essayé d'"empêcher l'avancée" de l'opération "Lavage express", l'enquête tentaculaire contre Petrobras.

Dans sa contre-attaque, M. Temer a vivement critiqué le chef d'entreprise qui l'a enregistré à son insu, Joesley Batista, propriétaire du géant de la viande JBS et de la célèbre marque de tongs Havaianas, qu'il a traité de "beau parleur" et accusé de "crime parfait".

Selon lui, cet "enregistrement clandestin" a été "manipulé". Il a demandé à la Cour suprême de "suspendre l'enquête jusqu'à ce que son authenticité soit avérée", citant un article du journal Folha de Sao Paulo où un expert remarquait "plus de 50 coupures" dans l'enregistrement audio. Le procureur général Rodrigo Janot dit ne pas s'opposer à cette expertise mais demande à la Cour suprême que l'enquête puisse se poursuivre. La Cour suprême a indiqué qu'elle étudierait cette requête mercredi 24 mai.

Intenses négociations

Vendredi 19 mai, la Cour suprême avait rendu public l'ensemble du contenu des confessions de M. Batista et d'autres cadres de JBS. L'une d'elles évoque le versement de 15 millions de réais (4,6 millions de dollars au taux actuel) en 2014, "en échange de faveurs" pour l'entreprise. Des vidéos montrant le député Rocha Loures du PMDB, le parti de M. Temer, recevant des valises de billets, tournent en boucle à la télévision. Ce parlementaire est soupçonné d'être un intermédiaire avec JBS pour acheter le silence de M. Cunha.

Le président brésilien Michel Temer lors d'une conférence de presse, le 18 mai. Photo : AFP/VNA/CVN

Si M. Temer a décidé de hausser le ton pour tenter de retrouver sa crédibilité, sa situation reste extrêmement fragile alors que d'intenses négociations sont en train d'êtres menées pour éviter une défection en masse de ses alliés politiques. Il a connu un premier coup dur samedi 20 mai avec la défection du PSB, qui pèse 35 députés sur 513 à la chambre et compte un ministre au gouvernement, celui de l'Énergie.

Les dénonciations de JBS mettent aussi en cause d'autres politiques de premier plan, dont l'ancien président de gauche Luis Inacio Lula da Silva (2003-2010) et sa dauphine Dilma Rousseff (2010-2016), dont M. Temer était le vice-président. Ils auraient reçu en neuf ans 150 millions de dollars, sur des comptes à l'étranger, pour financer leurs campagnes électorales respectives.

Mme Rousseff accuse M. Temer d'avoir fomenté un "coup d'État" en s'associant justement à Eduardo Cunha pour prendre le pouvoir. Lula, visé lui-même par cinq procédures judiciaires dans le cadre de l'opération "Lavage express", a demandé samedi 19 mai la démission immédiate du président actuel et l'organisation de nouvelles élections directes. L'icône de la gauche est en tête des intentions de vote des derniers sondages, même s'il fait face lui aussi à un fort rejet.

En vertu de la Constitution, si M. Temer quittait le pouvoir, il serait remplacé dans un premier temps par Rodrigo Maia, également sous le coup d'accusations de corruption, puis le Parlement élirait son successeur sous trente jours.

AFP/VNA/CVN
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