31/01/2017 19:26
Les musulmans du Canada "sont ici chez eux" : jusque là religieusement silencieuse, la foule compacte laisse éclater un lourd applaudissement quand Justin Trudeau prononce ces mots à deux pas de la mosquée meurtrie de Québec.
>>Fusillade à la mosquée de Québec, six morts et huit blessés
Rassemblement en hommage aux victimes de la fusillade contre la mosquée de Québec, le 30 janvier 2017. Photo : AFP/VNA/CVN

Qu'importent les -15 degrés Celsius mordants, les Québécois ont afflué par milliers dans la soirée du 30 janvier à la veillée organisée à côté de la principale mosquée de la capitale de la Belle Province. Selon une estimation des services du Premier ministre, ils étaient environ 12.000 à rendre hommage aux six musulmans assassinés la veille en pleine prière. Huit autres fidèles ont été blessés.

La cérémonie, sobre, a débuté à la nuit tombée par des prières et des messages de paix prononcés par des dignitaires religieux de la ville, avant que le Premier ministre Justin Trudeau, ardent défenseur du multiculturalisme, chante les louanges d'une communauté effrayée. "Les musulmans canadiens sont des membres estimés de toutes les communautés, et peu importe où ils vivent, ils méritent de se sentir bienvenus et en sécurité. Ils sont ici chez eux", a-t-il dit.

Face à lui, des milliers de Québécois tiennent une bougie, une pancarte, ou un bouquet de fleurs. Et veulent croire que le Canada ne cèdera pas à la fièvre xénophobe.

"Maintenant, on a peur"

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau (c) participe à une veillée en face de la mosquée Sainte-Foy, le 30 janvier 2017 à Québec.
Photo : AFP/VNA/CVN

"Malheureusement il y a toujours eu de la haine. Il faut juste plus de respect. Il suffit d'en parler et de reconnaitre d'abord qu'il y a un problème d'intolérance au Québec", remarque Jeanne Guénette. "On agit en en parlant, et en étant ici aujourd'hui. On est là pour être ensemble", dit cette étudiante venue avec une amie.

Selon les premiers éléments de l'enquête, l'auteur présumé est un étudiant aux idées nationalistes connu pour ses prises de position identitaires, pro extrême-droite. "Il y a des groupes d'extrême-droite dans la ville de Québec, Pegida ou La meute, qui lancent des idées de faire des choses comme ça", rappelle Joël Cardinal, arborant une pancarte "Québec en deuil". Pour lui, le contexte international a peut-être été "la goutte qui a fait déborder le vase" de l'auteur présumé de la fusillade.

"Avec le décret de vendredi", signé par Donald Trump et interdisant l'entrée aux États-Unis des ressortissants de sept pays musulmans, "c'est sûr que ça a envoyé un message, ça a peut-être motivé du monde à passer à l'acte", remarque ce trentenaire.

Plusieurs personnes de confession musulmane ont confié à l'AFP leur sentiment d'insécurité depuis la fusillade de la veille, quand bien même, à travers le Canada, la sécurité des mosquées a été renforcée.

"Avant, j'habitais en France, je peux donc un peu comparer les sociétés. En venant ici, on intègre une société, la société canadienne qui est un modèle, particulièrement au Québec", déclare Eric Zola. "Ça l'est toujours, mais maintenant on a peur."

 
AFP/VNA/CVN
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