03/01/2016 08:19
Revenant de New York après un voyage d’affaires, Dô Thuy Hà, une vieille connaissance, me rapporte comme cadeau un livre qu’elle trouve fort intéressant de l’écrivaine britannique Karen Armstrong, The case for God.
L’écrivaine britannique Karen Armstrong. Photo : Archives/CVN

C’est pour moi une surprise car je n’ai jamais pensé que cette dynamique jeune business woman de la génération d’après-guerre, sans cesse occupée et préoccupée, ait le temps de jongler avec la métaphysique. Karen Armstrong ? Je pense sur le champ à un autre ouvrage de cette éminente historienne anglaise des religions, qui m’a beaucoup intéressé : The great transformation (2007).

D’après Karen Armstrong, née le 14 novembre 1944, toute génération pense qu’elle est arrivée à un tournant de l’histoire, que ses problèmes semblent insolubles, et que l’avenir parait de plus en plus nuageux. Notre génération n’échappe pas à cette règle.

Au XXe siècle, parallèlement au développement accéléré de la science et de la technologie, le monde a connu une explosion de la violence sans précédent de l’histoire : les deux grandes guerres mondiales, la bombe d’Hiroshima, les conflits sanglants qui se poursuivent après la Guerre froide au début du XXIe siècle. La mort et la destruction. Sans parler des ravages causés par une industrialisation impitoyable qui continuent. Où va le monde ?

Les crises de l’esprit

D’après Karen Armstrong, tous les désarrois de l’humanité ont comme cause profonde, les crises de l’esprit, de la spiritualité non seulement dans le sens étroit de croyance et religion mais dans le sens plus général d’esprit, de psychologie, de philosophie. Si l’homme moderne n’arrive pas à trouver une conception spirituelle capable de maîtriser l’avance scientifique et technologique pour défendre le bien, l’humanité elle-même anéantira la vie sur la planète.  Où trouver cette source spirituelle saine et humaniste ? Chez les philosophes et patriarches vivant dans une période de cinq siècles, de 680 à 200 avant J.-C : Bouddha Sakyamuni (Inde), Socrate (Grèce), Confucius (Chine), Jeremiah (Israel).

Telle est l’opinion de Karen Armstrong, basée sur celle du philosophe existentialiste allemand Karl Jaspers (1883-1969). Cette période de cinq siècles, appelée Période asociale (L’Âge axiale), a apporté à l’humanité une transformation spirituelle fondamentale. Elle marque le sommet de la spiritualité de l’homme.

Bien longtemps après, l’islamisme, le christianisme et le judaïsme ont repris et modifié les pensées de la période précédente, pensées constituant des torches éclairant l’humanité jusqu’à ce jour, avant l’avènement d’une seconde Période de Grande transformation dans l’Occident moderne de caractère plutôt scientifique et technologique.

Passons en revue les grandes figures du sommet. Le Bouddha Sakyamuni (560-480 av. JC) est né au Népal, au Nord de l’Inde. D’après lui, le bouddhisme est une religion teintée d’athéisme qui prêche la tolérance, la compassion, l’égalité entre les hommes puisque tout être recèle une parcelle de bouddha. L’homme court après les illusions ; pressé par le désir qui cause la souffrance. La conscience de l’impermanence (vô thuong) des êtres et des choses lui permet de se libérer et d’atteindre le Nirvana.

Deux de ses ouvrages : The case for God et The great transformation.  
Photo : Archives/CVN

Le philosophe grec Socrate (470-0395 av. J.-C.) enseigne la vertu par une méthode dialectique. Grâce aux discussions avec ses disciples, il les aide à se connaître et à connaître ainsi leurs propres insuffisances afin de s’en guérir. Confucius (VIe-Ve siècle avant J.-C) crée une doctrine éthique et politique d’une portée pratique, mettant l’accent sur le comportement social afin de réaliser une société harmonieuse basée sur l’humanité et la justice.

Remarquons que le taoïsme de Laotse (Ve-IVe av. J.-C) s’oppose au confucianisme car il refuse toute convention éthique pour suivre la nature. Hegel estime que le confucianisme a un contenu moins riche que le taoïsme. Jeremiah, patriarche juif fondateur du judaïsme, s’oppose au formalisme en matière de religion. Il pense que le spiritualisme se nourrit dans le cœur de l’homme et non par les rites du temple.

À la recherche d’une voie convenable 

Revenons à Karen Armstrong. Elle pose cette question : «Comment se fait-il que ces grands esprits vivant loin les uns des autres et dans des circonstances historiques si différentes puissent répondre aux besoins spirituels de notre temps ?». Sa réponse est : «Nous avons besoin d’une foi plus créatrice qui cadre avec les réalités de notre monde. En réalité nous n’avons jamais pu dépasser les pensées et expériences de la Période axiale. Quand survient une crise spirituelle et sociale, il nous faut revenir à ce temps pour cherche une voie convenable».

Avant la Période axiale, les activités spirituelles religieuses et croyances avaient donné priorité aux cérémonies et aux offrandes. Les sages de la Période axiale ont maintenu les cérémonies et offrandes, mais en leur donnant un sens éthique et symbolique. Avec les divinités, Dieux ou le Nirvana se traduit par une vie de charité, des actes de compassion, ce qui aide à l’émancipation de l’esprit.

Nous vivons un temps où le monde entier se noie dans l’angoisse et la douleur. Les sages de la Période axiale nous apprennent à vivre avec les souffrances inévitables de la vie. Être capable soi-même d’accepter ses propres souffrances et la condition humaine, ce qui nous permet  de communier avec autrui. Nous vivons aujourd’hui dans une société affectée par plus de souffrance que celles de nos aînés : guerres, catastrophes, famine, pauvreté, maladies.

La vie sur le globe reste une mer de douleur. Pour s’assurer sa tranquillité, on ferme facilement l’œil sur les malheurs d’autrui. Les sages de la Période axiale nous conseillent de laisser les souffrances imprégner notre conscience, afin d’émanciper notre esprit. Ne pas laisser la douleur se muer en violence et en haine, mais en actes du bien. Mencius nous apprend à retrouver le penchant pour le bien disparu, c’est-à-dire la charité, source des traditions humanistes.
 
Huu Ngoc/CVN
 
Réagir à cet article
Commentaire:*
E-mail:*
Nom:*
Espace francophone
Visite virtuelle de l’Opéra de Hanoï

Huê, la splendide cité royale du Vietnam Huê (province centrale de Thua Thiên-Huê) est considérée comme le cœur du patrimoine culturel national. Alanguie au bord de la rivière Huong (rivière des Parfums), la ville est une belle indolente à l’histoire ancienne.