07/07/2017 10:38
Dans un contexte de tensions croissantes autour des droits humains et sur fond de crise migratoire, le Parlement européen, réuni en session plénière à Strasbourg, a demandé, jeudi 6 juillet, la suspension des négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne (UE) si Ankara met en œuvre la réforme constitutionnelle voulue par le président turc Recep Tayyip Erdogan après la tentative de coup d'État du 15 juillet 2016.
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Dans une résolution adoptée jeudi 6 juillet à une très large majorité par 477 voix contre 64 et 97 abstentions, le Parlement européen "demande à la Commission européenne et aux États membres de l'Union européenne (UE) de suspendre formellement les négociations d'adhésion avec la Turquie sans plus attendre, si le paquet de réformes constitutionnelles est mis en œuvre tel quel".

"Ce Parlement s'exprime d'une seule et forte voix pour condamner le grave recul du gouvernement turc en termes de respect des normes démocratiques et pour continuer à soutenir la population turque. Ils sont des millions dans le pays à vouloir que l'UE demeure une locomotive en matière de réformes dans leur pays. Avec vous [le peuple turc], nous espérons que Adalet (la justice) sera prochainement de retour en Turquie", a lancé, dans l'hémicycle strasbourgeois, la social-démocrate Kati Piri (Pays-Bas), rapporteur du projet de résolution.

En novembre dernier, les eurodéputés avaient déjà demandé un "gel" des négociations. Ils se prononcent désormais en faveur d'une décision formelle, passant par un vote des États membres à la majorité qualifiée.

La réforme constitutionnelle, voulue par le président turc Recep Tayyip Erdogan après la tentative de coup d'État du 15 juillet 2016, a été approuvée à une courte majorité (51,4%) le 16 avril dernier à l'issue d'un référendum. Son entrée en vigueur doit intervenir à l'issue des élections présidentielles de 2019. Les eurodéputés estiment que cette modification de la Constitution élargirait considérablement les pouvoirs du président turc au détriment du parlement et des instances judiciaires et menacerait la séparation des pouvoirs.

"Les députés sont préoccupés par le recul de l'état de droit, des droits de l'homme, de la liberté des médias et de la lutte contre la corruption. Ils condamnent le soutien répété du président turc à la réintroduction de la peine de mort, ce qui remettrait en question l'adhésion de la Turquie au Conseil de l'Europe et pourrait entraîner la fin immédiate des négociations d'adhésion à l'UE", déclare le PE dans sa résolution.

Le Conseil de l'Europe est une instance pan-européenne, basée à Strasbourg, qui regroupe 47 États membres, dont la Turquie est un gros contributeur.

La Turquie a immédiatement réagi jeudi 6 juillet par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Omer Celik, qui, selon les médias turcs, a déclaré s'opposer à toute forme de suspension des négociations d'adhésion à l'UE, y compris moyennant un renforcement de la coopération dans d'autres domaines.

Tensions palpables entre l'UE et Ankara 

Les tensions entre l'UE et Ankara sont palpables. À celles autour de la crise migratoire se greffent celles portant sur les droits humains. Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont été incarcérées depuis la tentative de coup d'État en Turquie et plus de 150.000 fonctionnaires ont été limogés ou suspendus, dénoncent les eurodéputés.

L'ONG Amnesty International a par ailleurs fait savoir jeudi 6 juillet que sa directrice en Turquie, Idil Eser, avait été arrêtée la veille en compagnie de onze autres personnes, dans un hôtel de Buyukada, une île située au sud d'Istanbul.

"Le train de mesures proposé à la population turque est en contradiction totale avec les critères de Copenhague qui valent pour tous les pays candidats et pour tous les États membres", a affirmé, mercredi 5 juillet, à Strasbourg, lors d'une conférence de presse, la social-démocrate Kati Piri (Pays-Bas), rapporteur du projet de résolution.

Les "critères de Copenhague" comprennent notamment ceux relatifs à l'État de droit, à la démocratie et aux droits de l'homme qui sont requis comme préalable à l'ouverture des négociations d'adhésion, une étape que la Turquie avait franchie en décembre 2004.

Dans sa résolution, le PE prévoit d'"envoyer une délégation ad hoc à Ankara cet automne dans le but de renouer le dialogue parlementaire".

Les eurodéputés reconnaissent également dans leur évaluation annuelle de la Turquie en matière de réforme que "2016 aura été une année difficile pour le pays, notamment à cause de la guerre en Syrie, de l'afflux de réfugiés, d'une séries d'attentats haineux et de la tentative de coup d'État".

Ils soulignent "l'importance des bonnes relations entre l'UE et la Turquie et du maintien d'un dialogue ouvert et constructif, essentiel pour faire face aux défis communs tels que la migration, la sécurité et le terrorisme" et "soutiennent une modernisation de l'union douanière entre l'UE et la Turquie tout en exigeant que les droits de l'homme et les libertés fondamentales soient inclus dans le nouvel accord".
 
Xinhua/VNA/CVN
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