30/07/2017 06:34
Le moteur fait un vacarme de tous les diables, et c’est en hurlant que Peter Dallos intime à ses passagers de s’asseoir rapidement dans son jeepney. Cette scène classique de Manille pourrait disparaître car les jours de ces emblématiques minibus semblent comptés.
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Des jeepneys à Manille. Photo : AFP/VNA/CVN

Au nom du développement durable et de la sécurité routière, les autorités philippines veulent progres-sivement débarrasser le pays de ces minibus «customisés» hérités de la deuxième guerre mondiale.

Surnommés «jeepneys» et naguère considérés comme les «Rois de la route», ils sont un symbole culturel de Manille et des Philippines, au même titre que les taxis jaunes à New York. Depuis des décennies, ils sont aussi pour des millions d’habitants un mode de transport bon marché et prisé.

Mais, dans le cadre d’un programme gouvernemental de modernisation, les véhicules de ce type, âgés de 15 ans et plus, n’auront plus le droit de circuler en 2020. Ils doivent être remplacés par des véhicules moins polluants.

Une évolution déprimante pour Peter Dallos, 55 ans, qui rend la monnaie tout en conduisant dans le quartier financier de Manille.

«Ce jeepney est comme ma femme. Nous sommes ensemble tous les jours. Je sais répondre à ses besoins», explique-t-il. «Je suis en colère car je vais perdre mon travail. Je vais être obligé de retourner dans ma province, où je n’ai rien à faire».

Le gouvernement reconnaît que cette mesure ne sera pas facile à mettre en œuvre, affectant un écosystème impliquant des chauffeurs pauvres et des propriétaires de véhicules.

Vierge  et Mickey Mouse

Pour le développement durable et la sécurité routière, les autorités philippines veulent progressivement débarrasser les jeepneys.
Photo : AFP/VNA/CVN

Peter Dallos travaille 14 heures par jour depuis 20 ans pour subvenir aux besoins de sa femme au chômage, de leurs sept enfants et trois petits-enfants qui vivent dans une province agricole où, lui, ne possède aucune terre. Il gagne environ 500 pesos (9 euros) par jour.

Les jeepneys, construits sur la base des jeeps laissées derrière eux par les Américains après la guerre, sont une invention philippine : un toit ajouté et à l’intérieur, deux bancs parallèles.

Ils peuvent transporter plus de 20 personnes en même temps mais fonctionnent avec un diesel bon marché au bilan carbone désastreux. Et ses chauffeurs sont connus pour avoir une conception bien à eux du code de la route.

Toujours customisés, ils ont un design psychédélique et une décoration imbattable, où les images de la Vierge côtoient les effigies de Mickey Mouse. Et dans les provinces, il n’est pas inhabituel de les voir le toit chargé d’hommes, de bêtes et de récoltes.

«Nos dinosaures inefficaces doivent être relégués au musée. Ils sont sales, inefficaces, mauvais pour la santé», explique le ministre des Finances, Carlos Dominguez.

Sur le papier, le gouvernement prévoit d’aider les propriétaires de jeepneys à obtenir des prêts pour acheter de nouveaux modèles, et de demander aux chauffeurs de suivre des formations en matière de sécurité routière. Mais les détracteurs de ce projet s’interrogent sur son coût et sa faisabilité.

Les autorités, qui soutiennent que les usagers méritent mieux, sont en train de dessiner des véhicules conformes aux normes occidentales en matière d’émission, ou alors des véhicules électriques et envisagent une possible application mobile.

Mais à huit pesos la course, difficile d’envisager un mode de transport qui puisse concurrencer le jeepney.

«C’est le transport le plus pratique car les taxis sont beaucoup trop chers», observe Maria Alcid, étudiante en médecine.

À ce prix-là, on ne se plaint pas du manque de confort, même pour ceux qui voyagent debout sur la petite marche à l’arrière, et même si les cahots de la route font que l’on se cogne souvent la tête au plafond.

Et les jeepneys sont une telle institution à Manille que beaucoup nourrissent une affection réelle pour ces véhicules aux couleurs vives.

«Regardez mon jeepney ! Son armature est sur le point de tomber mais les gens montent toujours dedans», s’enorgueillit Peter Dallos en caressant le tableau de bord. «Ont-ils d’autres choix ?», lance-t-il.               
   
AFP/VNA/CVN
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