05/12/2015 17:17
L'augmentation de la résistance aux antibiotiques est un immense danger pour la santé publique. L’utilisation raisonnable de ces médicaments devient un impératif majeur.
>>La Semaine mondiale pour un bon usage des antibiotiques organisée au Vietnam
>>Renforcement de la lutte contre la résistance aux antibiotiques
>>Mobilisation trop faible sur le mauvais usage des antibiotiques

Au Vietnam, plus de 60% de la population utilisent des antibiotiques sans prescription d’un médecin. Photo : Phuong Vy/VNA/CVN

La vente d’antibiotiques sans prescription est malheureusement trop courante au Vietnam. Selon les statistiques du ministère de la Santé, environ 90% des pharmacies en zone rurale et 80% en zone urbaine n’exigent pas d’ordonnance.

«Ces antibiotiques se vendent facilement, n’importe qui peut en acheter», confirme Nguyên Thi Liên Huong, professeur à l’Université de pharmacie de Hanoi. Dans les hôpitaux, l’utilisation d’antibiotiques devient trop fréquemment systématique. «Il y a beaucoup de maladies qui ne nécessitent pas d’antibiotiques, mais le médecin en prescrit néanmoins», ajoute-t-elle.

La consommation injustifiée ou abusive de ces médicaments augmente notablement les risques d’apparition de souches de bactéries résistantes aux antibiotiques. Au Vietnam, plus de 60% de la population utilisent ces médicaments sans prescription d’un médecin. Le résultat de cette situation est flagrant : alors les pays développés prescrivent toujours majoritairement des antibiotiques de première génération, au Vietnam, les médecins doivent recourir à ceux de 3e ou de 4e génération.

Au-delà du coût social que cela implique - en moyenne 17% du coût des traitements -, les risques d’épuisement de la pharmacopée de la classe des antibiotiques sont de plus en plus prégnants, au point de devenir un véritable danger pour la santé publique.

Surveillance des prescriptions

Nguyên Van Lôc, ancien directeur adjoint de l’Hôpital central de pédiatrie, a donné un exemple évocateur, celui des enfants qui, sensibles à diverses affections respiratoires, se voient souvent donner des antibiotiques qui, au terme de quelques années, entraîne une résistance de plus en plus forte des agents pathologiques. Ainsi, le risque d’asthme est supérieur de plus de 16% chez ces enfants que chez ceux auxquels des antibiotiques ne sont pas systématiquement prescrits.

Dans l'Hôpital de pédiatrie n°1 à Hô Chi Minh-Ville.
Photo : Phuong Vy/VNA/CVN

La situation est gravement préoccupante, car au-delà des affections bactériologiques aujourd'hui bénignes qui pourraient redevenir mortelles, d’autres, beaucoup plus graves, risquent de se développer encore en fréquence comme en létalité. Ainsi, le bacille tuberculeux, agent infectieux de la tuberculose, présente un risque très élevé et déjà avéré de résistance aux antibiotiques.

Au Vietnam, selon les études de l’Organisation mondiale de la santé, le taux de multirésistance aux antibiotiques est de 2,7% pour les nouveaux patients et de 19% pour les cas de rechute. Quant aux frais des traitements, ils sont multipliés d’une centaine de fois.

Grand problème de santé publique, l'utilisation des antibiotiques est au cœur d'un plan national sur les antibiotiques pour la période 2013-2020.

Le ministère de la Santé a demandé aux établissements de santé de prendre l’engagement de prescrire raisonnablement des antibiotiques, et renforcera également la surveillance des prescriptions et des ventes de ces médicaments dans les hôpitaux et les pharmacies.

«Il est nécessaire de renforcer la sensibilisation des médecins et des pharmaciens, mais aussi de la population, à n’utiliser d’antibiotiques qu’en cas de nécessité», a insisté la ministre de la Santé, Nguyên Thi Kim Tiên.

La réglementation doit être renforcée, et la surveillance de son application doit être plus étroite, en particulier dans les pharmacies relevant du secteur privé. S’il n’est pas mis fin à ces pratiques, une bonne partie des plus 90 millions de Vietnamiens ne pourraient plus bénéficier d’antibiotiques efficaces, selon elle.

«La résistance des bactéries aux antibiotiques peut constituer une crise de santé publique dans le monde entier. Désormais, les gouvernements la considèrent comme une grande menace», a insisté la directrice de l’Organisation mondiale de la santé, Margaret Chan.

Mais la population comprend mal ce qu’est la résistance aux antibiotiques. Plus de 60% de quelque 10.000 personnes interrogées dans 12 pays ont déclaré que cette résistance était un problème pouvant les concerner elles et leurs proches, sans toutefois comprendre précisément pourquoi, ni comment faire pour éviter ce problème.

Environ 64% ont déclaré que les antibiotiques peuvent être utilisés pour traiter la grippe ou un rhume d’origine virale. Or, les antibiotiques sont absolument inefficaces contre les virus.

Centrée sur l’utilisation et la connaissance des antibiotiques, cette enquête a été réalisée dans 12 pays que sont l’Afrique du Sud, les Barbades, la Chine, l’Égypte, la Russie, l’Inde, l’Indonésie, le Mexique, le Nigéria, la Serbie, le Soudan et le Vietnam.

Hai Vu/CVN
Réagir à cet article
Commentaire:*
E-mail:*
Nom:*
Espace francophone
Chuông, le village qui préserve la quintessence du nón

Les gongs, l’âme du Tây Nguyên Vivant dans les forêts et les montagnes du Tây Nguyên (hauts plateaux du Centre), les ethnies minoritaires Ba Na, Ê Dê, Co Tu, M’Nông, Gia Rai, Xo Dang, Chu Ru et Ma considèrent les gongs comme leur trésor. Les gongs sont également sacrés, car ils les aident à communiquer avec leurs divinités.