17/01/2016 15:10
Le Vietnam étant toujours une source de nouvelles découvertes, je profite du nouveau cru 2016 pour vous faire part d’une de mes expériences de 2015. Je vous l’offre en première de l’année.
On ne peut vivre ici, sans ignorer les bienfaits de la pharmacopée traditionnelle. Celle qui met en musique les principes actifs des plantes pour le plus grand bien de nos organismes fatigués par les dures journées d’hiver. D’ailleurs, il me suffit de me promener dans la rue Lan Ông, dans le Vieux quartier de Hanoi, pour en humer les bienfaits, et c’est justement une de ces escapades aromathérapeutiques de jouer à l’apprenti-sorcier.

Un coin de la rue Lan Ông, à Hanoi.

Bienfaisante infusion
 
Depuis longtemps déjà, je lisais avec attention les pages de mon voisin de journal qui chaque semaine présente les avantages de plantes, fleurs et autres herbes médicinales, et j’avais décidé de passer aux travaux pratiques pour constituer ma propre pharmacie.
 
Retour sur image : je suis accoudé à la balustrade de ma terrasse, à regarder s’agiter le monde d’en bas. Le bougainvillier aux fleurs mauves, que j’ai réussi à discipliner à grand renfort de fil de fer, pointe déjà le bout de ses rameaux au pied des balustres. L’été prochain, il faudra que je carène avec des bambous pour que la plante devienne tonnelle. Excellent contrepoint aux branches du badianier d’en face, qui viennent agiter leurs feuilles juste sous mes moustaches !
 
C’est cet arbre que j’avais choisi pour mon expérience gastro-diététique. En effet, j’avais lu que les feuilles de badianier possédaient des propriétés extraordinaires. Connues depuis fort longtemps pour lutter contre diverses infections bactériennes ou contre la dysenterie, elles auraient d’autres vertus : apport de vitamines diverses, apport de substances antiseptiques (prévention des bactéries et virus), anti-mycotique (principalement sur les champignons à l’origine d’infections diverses), anti-parasitaire, anti-stress, augmentation de la reproduction, système immunitaire renforcé… Une véritable source de jouvence.
 
Vous comprendrez bien que lorsque, en aménageant dans ma nouvelle demeure, j’ai constaté que mon voisin végétal de 8 m de haut était un badianier, et qu’il me suffisait de tendre la main pour avoir accès aux feuilles miraculeuses, j’ai cédé à la tentation. En quelques secondes, j’arrachai cinq feuilles, sans que l’arbre n’y voie malice. N’ayant plus à ma disposition la recette de la décoction qui me donnerait ma potion magique, j’essayai de faire fonctionner ma mémoire…

Voyons, il me semble qu’il fallait mettre la feuille dans de l’eau et attendre qu’elle coule naturellement au fond. Il me semble aussi qu’il fallait attendre 24 heures pour que la feuille de badianier diffuse toute son essence bienfaisante. Mais combien de quantité d’eau ? Ça, je ne m’en souvenais pas. Qu’importe, après tout, une feuille est une feuille, et pour faire ma tisane au tilleul, je mets plusieurs feuilles dans un litre d’eau. Donc, après une rapide comparaison entre la taille de mes cinq feuilles de badamier et des feuilles du fruit du tilleul, j’en arrivai à la conclusion que deux litres d’eau devaient faire l’affaire…
 
Je vidai donc, consciencieusement, deux litres d’eau minérale dans un gros saladier et jetai mes cinq feuilles à la surface, laissant faire la nature pour qu’elles s’imbibent d’eau et coulent. Puis, j’ai posé cette préparation dans un recoin d’une pièce abandonnée du 3e étage, en me promettant de revenir 24 heures plus tard pour vérifier que mes feuilles avaient bien fait naufrage.

Badiane.

Nécessaire diffusion
 
Je précise, bien entendu, que tout cela s’est fait à l’insu de mon épouse et de tous les autres éléments féminins qui partagent ma maison, en l’occurrence, ma belle-sœur et ma fille. Ceci pour éviter d’être freiné inutilement dans mes aspirations exploratrices anthropo-culturelles.
 
Une journée plus tard, je récupérai l’eau, légèrement teinté de vert bronze, pour en verser délicatement dans un grand verre. Le moment était solennel. Là, dans l’ombre de ma terrasse, face au fleuve Rouge que j’entrevoyais dans le lointain, j’allais devenir Superman ! En buvant le breuvage d’un trait, j’ai eu deux sensations simultanées : un goût amer et l’impression d’avoir peut-être oublié quelque chose. Résistant à l’envie d’avaler un second verre, je me décidai à rechercher les infos qui me manquaient, avant de poursuivre le traitement.
 
De fait, je n’ai pas eu à attendre longtemps. Une heure environ après avoir absorbé mon philtre de vie, mes intestins ont commencé à manifester fortement leur désaccord avec ce traitement. Après m’avoir vu me précipiter plusieurs fois, en bousculant tout le monde, dans les sanitaires de chaque étage où je me trouvais, ma femme s’est préoccupée de ce qui m’avait mis dans cet état...
 
Avant que j’aie pu expliquer être sans doute la victime héroïque d’une expérience pour le bien de l’humanité, ma fille alertait sa mère de la présence d’un saladier plein d’eau avec des feuilles dégoûtantes, sur un coin de la terrasse. Après m’avoir demandé quelques explications sur l’origine de cette décoction, mon épouse m’a regardé d’un air découragé : «Comment mon Tây (Occidental) de mari fait-il pour se mettre dans des situations pareilles !?».
 
Une explication plus tard : j’avais raison quant aux vertus des feuilles de badianier, mais la préparation que j’avais utilisé était celle que l’on effectue en aquarium ou en élevage de crevettes avec une feuille pour 50 litres d’eau. Pendant plusieurs jours, je vérifiais que ma peau ne se transformait pas en carapace. Pour contrer les effets malencontreux de mon expérience, j’ai dû absorber des poudres, liquides et autres gélules, à tuer un homme plutôt qu’à lui assurer la jeunesse éternelle.
 
Ceci dit, je n’en veux pas à mon badianier de voisin, j’éprouve même pour lui une certaine tendresse, car sa présence évite toute construction sauvage devant mes fenêtres, m’amène de magnifiques papillons à la saison des fleurs et, surtout, m’offre l’odeur anisée de ses fruits en forme d’étoile : l’anis étoilé ou badiane.

À propos des vertus des feuilles de badianier, savez-vous qu’une anagramme du mot «badianier» est «badinera» ? Surprenant ! Il en existe deux autres, plus explicites, mais que la décence m’interdit d’écrire ici.
 
Gérard Bonnafont/CVN
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