27/09/2015 13:41
À Rome soyons comme les Romains, au Vietnam soyons comme les Vietnamiens ! Mais l’inverse est aussi vrai.
>>Interruption momentanée
>>Hanoi vu par une Française, le choc culturel !

Quand deux cultures se rencontrent, plutôt que de choc culturel, je préfère parler d’étonnement permanent, autant source de surprise que d’amusement. Car, passé le premier moment de stupéfaction devant des comportements qui pourraient passer comme illogiques ou aberrants à l’aune de mon éducation occidentale, il reste toujours l’aspect cocasse de la situation pour finalement en rire, et l’accepter comme une attitude, somme toute parfaitement logique. Preuve par l’exemple.

Ça coule dedans ou dehors ?

Je me souviens de la première fois où j’ai fait découvrir mon pays de naissance à ma femme et ma fille. Nous étions hébergés dans un appartement de famille, au centre de Paris. À peine arrivée, pour se redonner consistance après la fatigue d’un si long voyage, mère et fille ont annexé la salle de bain. Tandis que je déballais les valises, j’entendais l’eau couler et ma fille chantonner sous la douche. Bruits de quiétude familiale qui rassuraient mon cœur de père sur le confort que je pouvais offrir à celles qui partagent ma vie…

Après quelques minutes, vérifiant d’un regard circulaire qu’il ne restait  pas un paquet caché dans le couloir, je constate que celui-ci a tendance à se transformer en ru. Le ru, je le rappelle pour mémoire, étant la forme primitive du ruisseau, qui lui-même en grandissant se transforme en rivière, laquelle a tendance à rejoindre le fleuve. Or, là, au 5e étage d’un appartement parisien, à une centaine de mètres du Palais de l’Élysée, j’assiste à la naissance d’un second fleuve arrosant la ville. J’imagine déjà les conséquences diplomatiques d’une telle outrecuidance géographique : suppression des visas, expulsion immédiate, interdiction de séjour sur le territoire !

 

Au moment où je me précipite sur la porte de la salle de bain pour stopper ce sabotage aquatique, celle-ci s’ouvre sur deux naïades en peignoirs, enturbannées de serviette de bains. Outre un sourire d’étonnement devant mon air inquiet, j’ai droit à une remarque conjugale sur le fait que l’eau s’écoule bien mal en France. Comment cela, l’eau s’écoule bien mal ? Le conduit de la baignoire serait-il bouché ? Conduit ! En prononçant ce mot, le doute me saisit.

Au Vietnam, le trou d’écoulement des eaux est situé, la plupart du temps, sur le sol de la salle d’eau. L’eau de la baignoire s’écoule librement sur le sol pour aller mourir dans la bonde collective. Se doucher dans ou hors de la baignoire n’a aucune incidence puisque de toute façon, l’eau disparaît par le même trou.

Or, en France, le trou d’évacuation est dans la baignoire ou dans le lavabo. Se doucher hors de la baignoire, c’est faire couler sur le sol des dizaines de litres d’eau qui ne pourront pas s’évacuer sauf à sortir de la salle de bain, suivre le couloir, franchir le seuil de la porte d’entrée et dévaler les escaliers !!! Et comme à l’habitude, ma fille a pris sa douche hors de la baignoire, il ne me reste plus qu’à utiliser en urgence tous le stock de serviettes, draps et peignoirs de bain à ma disposition pour endiguer, essorer et assécher l’inondation sanitaire. Ça, c’est du choc culturel !

Ça se mange ou ça se jette ?

Autre jour, autre voyage… Cette fois-ci, ce sont mes parents qui viennent nous voir à Hanoi. Soucieux de faire découvrir les trésors de la cuisine française à mon épouse, j’avais demandé à mon père de nous apporter quelques légumes du terroir. Transformant sa valise en potager, il nous avait apporté, parmi aubergines, courgettes et melons, une botte de radis roses, bien croquants.

Les radis, un légume que l’on ne déguste pas de la même manière en France qu’au Vietnam.

Après 13 heures de voyage, les légumes se sont retrouvés sur la table familiale, prêts à être transformés en un de ces délicieux plats provençaux dont ma mère a le secret. Je me pourléchais moi-même à l’idée de radis croque au sel, sur tartine beurrée. Tandis que j’installais mes parents dans leur chambre, mon épouse et sa sœur avaient investi la cuisine pour préparer un en-cas reconstituant. Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, elles décident de commencer à laver les légumes pour le repas de midi. Lorsque ma mère décide de prendre les opérations en main, elle ne peut que constater l’efficacité vietnamienne : tout est propre, prêt à être découpé en morceaux, effilé en julienne ou concassé en purée.

L’atmosphère est au beau fixe, rassurant mon cœur de père sur le plaisir que je peux offrir à celles qui partagent ma vie… Jusqu’au moment où je cherche les radis pour les disposer sur un ravier. Mais de radis point ! J’interroge épouse et belle-sœur pour savoir où ces légumes croquants sont entreposés. Pour réponse, on me montre une casserole dans laquelle trempent les fanes. Surpris, je demande à quel usage sont destinées ces feuilles que nous donnons à manger aux lapins. Mais à faire une soupe bien sûr. Soit ! Plus rien ne m’étonne en matière de consommation alimentaire au Vietnam…

Mais les radis eux-mêmes, où sont-ils ? À la poubelle, pardi ! On ne mange pas les racines, c’est juste bon pour les cochons !!! Je crois que ma femme et sa sœur se posent encore des questions sur mon état mental, même si ce à quoi elles ont assisté date de quelques années déjà. Je me suis rué sur la poubelle, en maugréant des mots sans suite. Heureusement, les radis avaient été jetés emballés dans un sac. J’ai ouvert le sac, plongé les radis dans un bac d’eau, les ai lavés, relavés, lavés encore, égouttés et présentés à table, accompagnés de sel de Guérande et de beurre normand que j’avais réussi à trouver dans un supermarché de Hanoi.

Quant à faire croquer un radis à mon épouse, ça a été plus difficile que de faire croquer la pomme. Ça, c’est du choc culturel ! Finalement, la culture n’est qu’une question de nuances, que ce soit dans la salle de bain ou dans l’assiette.
 
Gérard Bonnafont/CVN
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