17/01/2016 06:07
Je pense que le Vietnam contemporain date de la Révolution d’Août 1945.
La première modernisation (ou occidentalisation) du pays a eu lieu au temps
de la colonisation française (1858-1945).
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Hô Chi Minh a sacrifié toute sa vie pour l’indépendance nationale, la liberté et le bonheur du peuple vietnamien. Photo : Archives/VNA/CVN

L’influence de la culture française ne s’exerçait alors que sur les couches privilégiées des grandes villes, alors que plus de 90% de la population habitaient la campagne sans électricité et presque sans écoles. Le mode de pensée, les mœurs et coutumes restaient profondément traditionnels, marqués par le confucianisme et le féodalisme.

La seconde modernisation commencée depuis la Révolution de 1945 a fait entrer le Vietnam dans l’ère actuelle en bouleversant de fond en comble la société traditionnelle par suite de la réalisation des idées sociales et révolutionnaires, de la guerre prolongée, de l’impact international dans tous les domaines, des efforts systématiques d’urbanisation et d’industrialisation. Dans le Vietnam contemporain, l’acculturation est passée par deux étapes, avant et depuis le Dôi moi (Politique de rénovation adoptée en 1986).

Avant le Dôi moi (1945-1986)

Nous pourrions considérer cette étape comme celle de l’internationalisation de la cause du Vietnam, étape caractérisée par deux guerres de caractère international. Pendant 80 ans de lutte contre l’administration coloniale française, les mouvements de libération nationale ont échoué. Le Président Hô Chi Minh a réussi grâce à sa stratégie qui consistait à lier la cause vietnamienne aux affaires internationales, ce qui a valu au Vietnam le soutien des forces progressistes et des peuples du monde. L’indépendance s’est réalisée par la voie tactique du socialisme mondial. La culture vietnamienne s’est modernisée en revêtant les caractères national, populaire et scientifique.

Le cas de Hô Chi Minh est typique de l’acculturation du Vietnam modernisant avec la culture occidentale, la culture française en particulier, du dialogue Est-Ouest. Christianne Pasquel-Rageau n’a-t-elle pas remarqué que Hô Chi Minh «était l’homme moderne le plus représentatif du Vietnam» (Hô Chi Minh, Éditions Universitaires, Paris, 1970) «Il préservait toujours les éternelles valeurs vietnamiennes :respect des vieilles gens, mépris de l’argent, affection des enfants», (Daniel Halberstam, Ho, Vintage Books, New York, 1971).

L’âme vietnamienne se maintenait intacte en lui : sentiment communautaire, culte familial, acharnement à la tâche, bon sens et humour paysans, instinct poétique. Le confucianisme lui avait inculqué des motions qui cadraient avec des options marxistes : le nationalisme, la foi et la transformation de l’homme par l’éducation, le souci de l’éthique sociale, le primat du praxis. De Sakya Mouni, Hô Chi Minh disait : «Quant au Bouddha de la Miséricorde, sa bonté est immense».

Hô Chi Minh s’est mis vite au diapason de l’Occident. Jean Lacouture trouve qu’il «a des signes» évidents de liens intellectuels et politiques avec le peuple américain. «Hô était très français», note Edmond Michelet, ministre gaulliste (Hô Chi Minh, Planète-Action, 1970). À la pensée occidentale qui érige la raison et la science en critères de vérité, Hô Chi Minh a emprunté la méthode analytique qui devait s’orienter vers la dialectique marxiste. Selon Jean Roux, journaliste à Franc-Tireur, «il combine l’héroïsme et la sagesse, ... il demeure comme une sorte de Gandhi marxiste..., porteur de la sagesse de l’Asie» (Planète-Action). Parti d’une colonie semi-féodale, il a épousé l’idéal révolutionnaire occidental de 1789 dans sa lutte contre le colonialisme mondial.

Au Vietnam, après la défaite française de Diên Biên Phu en 1954, les grandes puissances se sont concertées pour diviser le pays en deux dans le cadre de la Guerre froide. Au point de vue de l’acculturation, le Sud a subi l’influence de l’Occident alors que le Nord, tout en s’ouvrant à la culture socialiste en général, a puisé aux sources de la culture des peuples russe, chinois, coréen, cubain, allemand, polonais, tchécoslovaque, bulgare, roumain. Soulignons que les valeurs nées de l’acculturation avec la France de l’époque précédente ont enregistré des créations remarquables en lettres, art et science, dans l’enthousiasme de l’indépendance nationale reconquise.

Depuis le Dôi moi de 1986

Cette période porte le sceau de la mondialisation, de la régionalisation (adhésion à l’Association des nations de l’Asie du Sud- ASEAN, en 1995) et du ralliement à la Francophonie. Trois problèmes préoccupants surgissent. Dans l’après-guerre, depuis 1975 :
- Une grave crise économique de 15 ans (jusqu’à 1995) due aux calamités naturelles (inondations, sécheresses, typhons), à l’agression des Khmers rouges et au conflit sino-vietnamien, aux mesures économiques inappropriées causant l’exode de deux millions de boat people.
- Le rattrapage économique par rapport aux pays voisins de l’Asie du Sud-Est.
- La compétitivité dans le cadre de la mondialisation.

Un programme d’échange culturel Vietnam-Japon organisé en novembre 2015 dans la ville  vietnamienne de Cân Tho. Photo : Duy Khuong/VNA/CVN

Le Dôi moi a contribué à résoudre ces problèmes avec ses deux composantes : économie de marché et politique de la porte ouverte. Il est apparu à l’époque de la mondialisation. Aboutissement nécessaire de l’évolution de l’économie capitaliste, ce phénomène de la rénovation présente un côté positif et un côté négatif. Il avantage les pays riches aux dépens des pays pauvres dont l’identité culturelle est menacée par l’homogénéisation.

Parlant du savoir technologique et de la digitalisation, créateurs de la révolution informatique et de la mondialisation, Mongi Bousnina, directeur général de l'Organisation arabe pour l'éducation, la culture et les sciences (ALESCO), estime que ce savoir aide considérablement au bien-être des êtres humains et menace en même temps leur existence. À travers son histoire, le Vietnam a enregistré des acculturations réussies. Dominé pendant mille ans par les Chinois et quatre-vingts ans par les Français, il a su préserver son identité culturelle tout en l’enrichissant par un dialogue fructueux avec les cultures des pays dominateurs.

Fort de ses expériences passées, le pays fait face à la mondialisation. La lenteur du décollage économique lui crée beaucoup de difficultés au plan culturel. Il n’est pas aisé de contrôler le flux des produits étrangers, des cultures tangibles et intangibles pour défendre son identité. D’autre part, nous pratiquons la politique de la porte ouverte pour enrichir notre identité avec des éléments empruntés aux cultures étrangères. Une culture close est menacée d’extinction. Il est naturel aussi que nous devons participer à la lutte mondiale de la société civile - Porto Alegre, Bombay, etc. - pour une altermondialisation.

Huu Ngoc/CVN
 
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