27/12/2015 08:23
Au sein de la grande famille de la Francophonie, les Vietnamiens et les Québécois sont des cousins qui ont le français en partage. La première rencontre de Huu Ngoc avec le Québec remonte à 1997, et voici dans quelles circonstances.
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Huu Ngoc (gauche) et Luc Rousseau, responsable du stage multidisciplinaire au Vietnam du Programme de sciences humaines du Cégep de Sherbrooke, en 2014 à l’Université de Hanoi. Photo : Archives/CVN

La guerre de trente ans s’est terminée au Vietnam en 1975. Avec la réforme économique Dôi moi (Renouveau) de 1986, le pays ouvre la porte aux vents venus de tous les horizons, s’intégrant à la communauté régionale et internationale après une longue période d’isolement. Il rejoint l’Organisation des nations unies (ONU), l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) et en particulier la Francophonie en 1969.

Le 7e Sommet de la Francophonie s’est tenu à Hanoi en novembre 1997. À cette occasion, «c’est avec beaucoup d’enthousiasme que nous (le gouvernement du Québec) avons répondu à la proposition du gouvernement vietnamien de nous associer à la production d’un livre prestige sur la ville de Hanoi», a déclaré Sylvain Simard, alors ministre québécois des Relations internationales et de la Francophonie, lors de la remise de l’ouvrage à la Mairie de la capitale vietnamienne, le 6 novembre 1997.

Un livre comme le symbole de l’amitié

J’ai eu l’honneur et le plaisir de réaliser ce projet bénéficiant du financement québécois et en ce qui concerne les photos, la mise en pages et l’impression avec le concours de deux techniciens québécois et des Éditions Thê Gioi (Le monde). Le livre titré Esquisses pour un portrait de Hanoi fut offert comme cadeau de l’amitié vietnamo-québécoise aux chefs d’État et aux autres participants au Sommet 1997.

À la Mairie de Hanoi, Sylvain Simard souligne la valeur symbolique de ce premier fruit de la collaboration vietnamo-québécoise : «Il est bon que le Québec et le Vietnam, situés géographiquement aux antipodes, riches d’histoires si différentes, aient pu réaliser ensemble un ouvrage de cette qualité, grâce à la mise en commun des efforts et des compétences de chacun. Ce n’est qu’un livre, me dirait-on, mais c’est aussi un symbole de l’esprit et de la solidarité».

Qu’il me soit permis d’ajouter : au sein de la grande famille de la Francophonie, les Vietnamiens et les Québécois sont des cousins qui reçoivent en partage le français, cette culture française qui, selon Gide, est caractérisée essentiellement par son universalité.

Parmi les manifestations du rapprochement vietnamo-québécois, je pourrais citer comme exemple le stage multidisciplinaire au Vietnam du Programme de sciences humaines du Cégep de Sherbrooke, activité à laquelle j’apporte une modeste contribution depuis quelques années. L’âme de ce projet est Luc Rousseau qui l’a mis sur pied en 2009 avec sa conjointe Cù Thi Tô Quyên. Ce professeur de géographie a conquis mon estime dès le premier abord par son dynamisme, ses prévenances fraternelles et sa cordialité sans fard. Il m’explique avec enthousiasme comment est né et s’est développé ce stage d’études sur le terrain.

Le Canada est aussi une destination de choix pour les étudiants vietnamiens.
Photo : Archives/CVN

À l’heure de la mondialisation, l’apprentissage expérientiel dans une culture étrangère s’avère nécessaire pour la formation de citoyens ouverts sur le monde. Pourquoi le choix québécois du Vietnam ? Parce que le Vietnam appartient à l’Asie, continent appelé à jouer un rôle économique, politique et culturel de plus en plus important au XXIe siècle. Dans l’établissement des contacts avec le monde asiatique, le Québec ne peut trouver un meilleur partenaire que le Vietnam, pays francophone comme lui. Le Vietnam représente pour les étudiants de Cégep une porte d’entrée sur l’Asie, les introduit aux peuples asiatiques et à leurs modes de vie. Ainsi, à travers cinq semaines, les jeunes Québécois réalisent des activités qui visent à leur faire découvrir la complexité et la richesse de la culture vietnamienne.

Un stage axé sur six volets

Le programme est axé sur six groupes d’activités. Primo, le jumelage entre étudiants québécois et étudiants vietnamiens de l’Université de Hanoi. Chaque Québécois est hébergé par une famille vietnamienne qui lui est jumelée. Profit des deux côtés : le premier est introduit dans la culture vietnamienne au quotidien tandis que le deuxième améliore son français et fait connaissance avec une culture occidentale vivante, ce qui crée des liens d’amitié durables. Secundo, la collaboration avec le Musée d’ethnographie du Vietnam qui recèle le trésor culturel des 54 ethnies composant la nation vietnamienne. Tertio, l’activité humanitaire au Village de l’amitié de Vân Canh qui s’occupe d’une centaine de jeunes et d’adultes victimes de la guerre, en particulier de l’agent orange/dioxine. Quarto, le travail de recherche scientifique de terrain avec des professeurs compétant (géographie et anthropologie). Au retour, les étudiants produisent un mémoire ainsi qu’un documentaire pour diffuser leurs analyses à un plus large public. Les thèmes de recherche sont très variés : culture des minorités ethniques, place des femmes dans la société vietnamienne, transformation du mariage traditionnel, disponibilité alimentaire à Hanoi, etc. Quinto, les conférences données par des sommirés de la vie intellectuelle vietnamienne. Sexto, la visite de vestiges culturels typiques du Vietnam.

Le stage au Vietnam, organisé par le Cégep de Sherbrooke, a cueilli ses premiers fruits annuels. À ce jour, 110 étudiants québécois ont pu séjourner un certain temps dans un pays tropical d’Asie doté d’une culture millénaire et créer des liens avec ses étudiants. Par le jumelage, des étudiants de l’Université de Hanoi ont  fait connaissance, de manière vivante, avec des partenaires de l’occident tout en améliorant leur français. Des liens d’amitié durable demeurent. Une dizaine de professeurs du Cégep contribuent au projet par leur expertise en anthropologie géographie, politologie, mise à profit sur le terrain.

Le stage au Vietnam, qui se renouvelle et enregistre de nouveaux des progrès chaque année, est promis à un bel avenir. En me disant au revoir, Luc Rousseau me confie : «Ce stage qui est train d’atteindre son plein élan vaut le peine qu’on y investisse les efforts nécessaires pour assurer sa pérennité». Nos cousins québécois  sont heureux d’apporter leur pierre au chantier d’une mondialisation humaniste.        
       Huu Ngoc/CVN
 
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