20/01/2016 10:11
Haine antisémite toujours intense, record d'actes antimusulmans, dégradations de lieux de culte chrétiens en hausse sensible : dans le sillage des attentats de janvier, l'année 2015 a connu une crispation de la question religieuse et communautaire en France.
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Le ministre de l'Intérieur de la France, Bernard Cazeneuve, a résumé les grandes tendances dans une interview à La Croix du 19 janvier : pour la totalité de l'année 2015, "nous constatons une diminution de 5% des actes antisémites", qui restent cependant "à un niveau élevé, avec 806 actes constatés", tandis que de leur côté, les actes antimusulmans ont plus que triplé et s'établissent à "environ 400".

Hommage aux victimes de Charlie Hebdo, le 7 février 2015 devant le siège de l'hebdomadaire satirique. Photo : AFP/VNA/CVN

Selon le président de l'Observatoire national contre l'islamophobie, Abdallah Zekri, le bilan atteint exactement 429 actions ou menaces contre les musulmans en 2015, soit un "sommet" jamais atteint depuis la création en 2011 de cette instance du CFCM (Conseil français du culte musulman).

"L'islamophobie doit être combattue et dénoncée non seulement par les musulmans, mais aussi par la communauté nationale dans son ensemble car il n'est plus possible d'entendre et d'accepter que des hommes politiques" puissent "dire que +l'islam est incompatible avec les valeurs de la République+", a réagi Abdallah Zekri dans un communiqué.

Ces tendances avaient été largement anticipées à la lecture des bilans intermédiaires réalisés en 2015. Plus de la moitié des actes antimusulmans avaient été enregistrés au seul premier trimestre, dans le sillage des attentats jihadistes contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher, ceux du 13 novembre 2015 ayant eu nettement moins de répercussions.

Depuis 2005, les violences et menaces antisémites n'avaient dépassé qu'à deux reprises le seuil des 800 actes, en 2009 et 2014, à chaque fois en écho à un raidissement du conflit israélo-palestinien.

L'année 2014 s'était soldée par 133 actes antimusulmans, selon un précédent décompte établi sur la base des plaintes et des mains courantes. Pour les actes antisémites, 851 cas avaient été enregistrés en 2014.

Le détail des chiffres pour 2015 doit être communiqué le 19 janvier par le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme (Dilcra), Gilles Clavreul.

Le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, le 19 janvier à Saint Astier (Sud-Ouest de la France).
Photo : AFP/VNA/CVN

"Les juifs continuent d'être désignés comme des victimes spécifiques au sein de la communauté nationale. On peut comprendre que certains fassent le choix de ne pas porter de signes qui puissent les désigner et d'autres de quitter la France pour Israël ou d'autres pays", a commenté le président de la Licra (Ligue contre le racisme et l'antisémitisme), Alain Jakubowicz.

"Racines chrétiennes"

Les lieux de culte et cimetières chrétiens, qui sont en France les plus nombreux et se comptent par dizaines de milliers, "ne sont pas épargnés avec 810 atteintes, en hausse de 20%", a aussi précisé Bernard Cazeneuve dans cet entretien qui inaugure une nouvelle formule du quotidien catholique.

"En tant que ministre des cultes, je ne peux accepter de tels actes. Ils doivent être sévèrement punis", a-t-il ajouté.

Bernard Cazeneuve a par ailleurs estimé que "les racines chrétiennes de la France sont incontestables au regard de son histoire", mais qu'il ne fallait pas en faire "un motif d'exclusion de ceux qui ne sont pas chrétiens" ni "oublier la contribution qu'ils ont apportée eux aussi à l'histoire de notre pays".

En octobre à Strasbourg, le ministre avait affirmé que "les valeurs républicaines sont aussi largement celles de l'Évangile".

Bernard Cazeneuve, tout en se définissant comme "personnellement agnostique", s'est demandé "comment un être humain peut avoir une vie riche et dense s'il ne s'ouvre pas, à un moment, à la réflexion spirituelle".

La laïcité, selon lui, "n'a pas à se durcir, mais à s'affirmer". Mais "vouloir lancer une déclaration de guerre aux religions serait une erreur funeste", a-t-il mis en garde dans cet entretien réalisé avant la polémique entre Manuel Valls et les dirigeants de l'Observatoire de la laïcité.

AFP/VNA/CVN
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